Alain de Benoist: pourquoi le populisme est populaire | Causeur

Alain de Benoist: pourquoi le populisme est populaire

Le mot qui pue est en odeur de sainteté

Auteur

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli
Enseignant et essayiste, anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

Publié le 31 mars 2017 / Politique

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Alain de Benoist, 2013. SIPA. 00657041_000023

Voilà deux mois que j’ai sur ma table le Moment populiste, d’Alain de Benoist (Pierre Guillaume de Roux Editeur). Deux mois que j’attends le bon moment de parler d’un livre intensément érudit et qui explore toutes les facettes d’un mot qui pue un peu aux narines des crétins — sauf qu’il rentre justement en grâce ces temps-ci.

Populisme : le terme pour ma génération a été longtemps associé à « poujadisme » (certification vintage Pierre Poujade 1953-1958, avec résurgence Gérard Nicoud et CIDUNATI, 1969), et ne concernait guère que les revendications des petits commerçants — à ceci près que l’Union Fraternité Française, qui obtint 52 députés en 1956 (dont Jean-Marie Le Pen, réélu en 1958) dépassa rapidement la stricte défense des Beurre-Œufs-Fromages.

L’avènement d’un populisme new style

Puis vint Georges Marchais, maillon indispensable pour comprendre comment un mot longtemps associé à l’extrême-droite a glissé peu à peu sur l’arc politique, au point d’être aujourd’hui l’œil du cyclone à partir duquel se définissent les politiques. À partir duquel s’est construite, surtout, « l’extraordinaire défiance de couches de la population toujours plus larges envers les « partis de gouvernement » et la classe politique en général, au profit de mouvements d’un type nouveau » : c’est l’attaque du livre d’Alain de Benoist — et j’aimerais beaucoup qu’on lui fasse grâce des étiquettes a priori, dans une France qui justement, comme il l’analyse fort bien, s’ébroue hors du marigot gauche-droite.

Ce que des journalistes paresseux ont nommé le « trumpisme » (croient-ils vraiment que le peuple américain qui a voté pour le faux blond le plus célèbre au monde croit en ses vertus ?) n’est en fait que la mesure du « fossé séparant le peuple de la classe politique installée ». Inutile donc d’« accumuler les points Godwin » en criant au retour des années 1930 dès qu’un mouvement politique parle au peuple : en fait, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par Nicolas Dupont-Aignan et tout ce qu’il reste du chevènementisme, ce sont moins les politiques qui parlent au peuple que le peuple qui parle aux politiques. Et qui même lui crie aux oreilles.

A émergé il y a une dizaine d’années un populisme new style. Alain de Benoist évoque la victoire du « non » au référendum de 2005, le référendum confisqué par les pseudo-élites qui nous gouvernent, droite et gauche mêlées — bien la preuve qu’il n’y a plus de droite ni de gauche quand il s’agit de défendre les avantages acquis de l’oligarchie au pouvoir. Je pencherais plutôt pour les élections de 2002, où entre les 16,86% de Jean-Marie Le Pen (ajoutons-y les 2,34% de Bruno Mégret et sans doute les 4,23% de Jean Saint-Josse) et les 5,33% de Jean-Pierre Chevènement de l’autre côté de l’arc électoral, cela fait quand même près de 30% de voix qui ne se portaient pas sur les deux partis traditionnels qui monopolisent depuis quarante ans les chaises musicales au sommet de la République.

Une absence d’alternative

Mais je comprends le raisonnement d’Alain de Benoist : l’élection de 2005 était la preuve par neuf qu’une seconde oligarchie, européenne celle-là, se superposait à la vieille oligarchie française. De surcroît, le cumul des mandats étant ce qu’il est, c’était pour ainsi dire la même classe politique de l’UMPS qui se partageait les dépouilles électorales, à Bruxelles comme à Paris. « La droite a abandonné la nation, la gauche a abandonné le peuple », dit très bien notre philosophecitant Pierre Manent. Que la Gauche ne soit plus représentée que par un quarteron de bobos parisiens — qu’elle ait à ce point rompu avec le peuple (et la candidature de Jospin en 2002 est emblématique de cette scission) est une évidence. Que la Droite se soit européanisée, mondialisée, et ait renié le bonapartisme jacobin qui caractérisait la politique gaulliste est une autre évidence.

Et de citer le célèbre poème de Brecht, « Die Lösung » (« la Solution ») :

« Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ? »

Le populisme moderne est né d’une absence d’alternative. Rien à voir, sinon à la marge, avec le populisme des années de plomb : il ne s’agit pas de revanche (sur le traité de Versailles / les Juifs / les Francs-macs ou que sais-je) mais d’une révolte face à…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 2 Avril 2017 à 7h47

      accenteur dit

      On est populiste quand on a l’audace de prétendre avoir des opinions politiques sans n’avoir jamais fait de hautes études. Le “populiste” est celui qui ose penser quand il n’y est pas autorisé. Le “populiste” se trompe-il parfois ? toujours ? davantage que celui qui s’arroge le monopole de la pensée ?

    • 1 Avril 2017 à 15h51

      Leucate dit

      Pour celui qui a fait des études classiques (les anciens disaient les “humanités”) cela évoque la fin de la république romaine quand s’opposaient le “parti populaire” – la plèbe avec ses comices curiates et centuriates et ses tribuns – au parti sénatorial – les patriciens.
      Comme les hommes politiques avaient également des fonctions militaires, cela se traduisit par des guerres civiles entre les deux partis, l’assassinat des frères Gracques par les sénateurs, le général Marius contre le général Sylla chef du parti sénatorial, Catilina contre le Sénat, Caesar contre Crassus et Pompée, et enfin Octave Caesar contre Brutus et Cassius, les assassins de Caesar, jusqu’à la victoire d’ Octave instaurant la monarchie militaire fondée sur la puissance tribunicienne (les tribuns du peuple) et proclamé empereur sous le nom d’Augustus.

      Aujourd’hui, les élites d’argent pensent que le progrès doit leur bénéficier, le peuple c’est à dire la classe moyenne (la moyennisation de la société – voir Tocqueville et Mendras) qui le fabrique pense qu’il doit en bénéficier également.

      Les “élites” qui tiennent les médias et les politiciens veulent confisquer le pouvoir au peuple, le peuple ne rêve donc que de les faire tomber, pense qu’après “ça ira” mieux.

      Si les z’élites” gagnent aujourd’hui, ce sera la révolution demain.

    • 1 Avril 2017 à 9h03

      Lecteur 92 dit

      Pour imager la disparition de la gauche, je pense à une très vielle émission des Guignols de l’info ou Robert Hue parlait, des ouvriers, à des jeunes de banlieue en leur rappelant Lénine et Staline.
      Ce à quoi un jeune lui répond Stalone, pas Staline! Voilà l’état de la gauche.
      La plus grande réussite du socialisme en France, c’est Disneyland.

    • 1 Avril 2017 à 7h12

      QUIDAM II dit

      Le populisme est populaire parce que les partis traditionnels « de gauche » ont trahi le monde ouvrier et les classes moyennes.

    • 1 Avril 2017 à 1h06

      Donna se meurt dit

      Pour paraphraser Brecht :
      Ne serait-il pas plus simple alors pour le Bien de Tous, de ne faire voter que les journalistes ?

      • 1 Avril 2017 à 14h47

        ZOBOFISC dit

        vous avez une carte de presse ?

    • 31 Mars 2017 à 23h04

      Anouman dit

      Populisme… Ce n’est qu’un mot sans signification dont se gavent les médias conformistes pour désigner ce qui ne leur plait pas. Les populistes ne sont pas populistes. Ils ont simplement des idées qui dérangent ceux qui croient détenir la vérité.

    • 31 Mars 2017 à 20h00

      Sadim dit

      Les lignes bougent et vont se stabiliser, je l’espère, sur les vrais fractures, et pas celles que certains, certes bien places, voudraient imposer.

      La masse des medias, que ce soit les capitalistes qui en détiennent le capital ou les chefs de redaction, cherche a maintenir une algèbre désuète qui ne favorise plus la comprehension. Néanmoins les vrais themes arrivent tout de meme a s’imposer, merci a la qualité de nos candidats et merci a l’inoxydable qualité du simple citoyen français.

      La fracture qui domine toutes les autres par sa cardinalite est la question du souverainisme. D’autres fractures existent mais celle du souverainisme est dominante, et doit être dominante, par la nature meme de ce qu’elle représente.

      Souverainisme contre supranationalité donc! De la réponse a cette question beaucoup, pas tout, découle.

      Pourquoi l’ensemble de la presse veut écraser ce questionnement particulièrement sain? Sans préjuger de la réponse, pourquoi renier a cette question sa legimite?

      C’est quand la mer se retire que l’on voit qui nage sans maillot de bain…

      Causeur, ou es-tu? 

      • 31 Mars 2017 à 20h28

        Renaud42 dit

        La presse toujours fascinée par les nationalismes du 20e siècle n’a pas compris que l’Empire mondial qui cherche à se mettre en place est infiniment pire.
        Dieu merci les prémices de cet Empire sont loin d’être bonnes car ça aurait pu être le cas et alors nous n’aurions pu échapper au pire.

    • 31 Mars 2017 à 19h37

      Saul dit

      Bon article, je partage cette analyse. Concernant le label facho, faut peut être pas déconner dans le déni, de Benoist, le gRECE, eléments etc, malgré toute la qualité de leurs membres et de leurs écrits, c’est quand même trèèèèès très à droite. Même le FN paraîtrait de gauche à coté

    • 31 Mars 2017 à 18h45

      Martini Henry dit

      La revue éléments est une des revues politiques les plus pertinentes, les plus intelligentes et les plus brillantes qui soient.
      En faire une revue de fachos relève de la connerie la plus épaisse. La connerie à front de taureau des ruminants d’étables.
      Ça doit les rassurer dans leurs certitudes de bovins.

    • 31 Mars 2017 à 17h58

      Renaud42 dit

      A ne pas confondre, le peuple et la masse intoxiquée par la propagande libérale libertaire depuis quelques dizaines d’années.
      Le peuple c’est une communauté de civilisation, de coutumes et d’institutions dans une nation.

      • 31 Mars 2017 à 19h49

        Sadim dit

        Bien vu! Combien sont-ils?

        • 31 Mars 2017 à 20h41

          Renaud42 dit

          100%. Le peuple c’est ceux à qui on s’adresse quand on dit la vérité et la masse c’est ceux à qui on s’adresse quand on ment.

        • 31 Mars 2017 à 23h04

          Sadim dit

          je sais mais ma question c’est: parmi les votants non blancs, combien sont eveilles vs. combien sont lobotomises?

          Cette election se joue sur cette proportion.

          Vous avez des infos la-dessus? Je vous pose la question sérieusement. C’est très précisément ce que j’essaie de mesurer en ce moment.

          Je precise que je ne crois que tous les électeurs (potentiels) de EM  soient lobotomises. J’essaie juste d’en mesurer la proportion.

    • 31 Mars 2017 à 17h06

      Warboi dit

      C’est jour de sortie des vieux fachos ?

      • 31 Mars 2017 à 17h07

        steed59 dit

        La preuve, te voici. T’as été pissé aux quatre coins de la cour ?

        • 31 Mars 2017 à 17h21

          Francois_Sanders dit

          Le caca est aussi une possibilité (nauséabond tout ca tout ca).

        • 1 Avril 2017 à 1h22

          Warboi dit

          La fachosphère c’est plus votre territoire que le mien.
          Je vous le laisse, vous pourrez le redécorer façon scato avec votre sens inné du bon goût.

        • 1 Avril 2017 à 16h05

          durru dit

          La “fachosphère”, Nadia, est juste l’image que vous vous faites de ce pays.

    • 31 Mars 2017 à 16h48

      A mon humble avis dit

      La meilleure définition de la politique ne serait-elle pas “l’aptitude à savoir tricher avec le peuple”?
      Le père politicien peut dire à son fils: “si tu sais mentir les yeux dans les yeux et escroquer sans vergogne, tu sauras être élu et réélu jusqu’à un âge avancé, et vivre grassement aux frais des contribuables.
      Promets ce que les électeurs attendent, et ne te sens en aucun cas engagé par tes promesses si tu es élu: avec quelques pirouettes verbales et en accusant les autres de tes échecs, tu sauras t’en tirer sans grand dommage, et même être réélu en faisant les mêmes promesses intenables.
      Méprise le peuple car il le mérite, tout en prétendant le respecter, car ce n’est qu’en le dupant et en le manipulant que tu arriveras à tes fins. N’ai aucun scrupule: les autres font pareil, alors autant que ce soit toi qui en profites.”
      Le seul dirigeant politique français à ne pas avoir été politicien fut de Gaulle. C’est sans doute pour ça que beaucoup s’en réclament.
      La démocratie, appelée populisme par les politiciens pour essayer de l’éviter, exige d’en finir avec ces parasites. Un mandat et c’est tout, sans parti aux basques: c’est ça, la seule et vraie “lösung”

    • 31 Mars 2017 à 16h37

      Habemousse dit

      « Ne serait-il pas
      Plus simple alors pour le gouvernement
      De dissoudre le peuple
      Et d’en élire un autre ? »( Brecht )

       « Dissoudre le peuple », c’est un peu ce qu’a essayé de faire, à marche forcée, le p’tit père Ubu pendant cinq ans, avec l’aide des médias et du monde de la communication ; le résultat est catastrophique pour le pays, mais pas inintéressant pour le gang aux commandes, qui n’a que deux croyances, l’argent et le pouvoir : qu’importe la couleur politique, M. Hollande et M.Macron prendront celle qui plaira le plus aux électeurs.

       Va t-il marcher encore cette fois-ci, ce peuple bercé et illusionné par tout le fric déversé en loisirs et télé réalité ?