Al Doura : le droit et les faits
Richard Malka décortique l’arrêt de la Cour d’Appel
Publié le 12 juin 2008 à 4:18 dans Médias
Mots-clés : Entretien, Mohamed Al Doura, Richard Malka
Avocat, spécialiste du droit de la presse et scénariste de BD, Richard Malka décortique l’arrêt de la Cour d’Appel, dans l’affaire opposant France 2 et Charles Enderlin à Philippe Karsenty.
Causeur | Le 21 mai, infirmant le jugement de la XVIIe chambre correctionnelle, la Cour d’appel a débouté France 2 et Charles Enderlin dans le procès pour diffamation qu’ils avaient intenté à Philippe Karsenty. Pour les partisans d’Enderlin, en particulier les signataires de l’Appel publié par le site du Nouvel Observateur, en légitimant des propos qu’elle reconnaît comme diffamatoires, la Cour s’est livrée à une interprétation bien trop libérale, voire malencontreuse, de la liberté d’expression.
Richard Malka | La Cour devait se prononcer sur le caractère diffamatoire ou non des propos de Philippe Karsenty à l’encontre de Charles Enderlin. Autrement dit, il s’agissait de savoir si ces propos portaient atteinte à son honneur et à sa réputation. A cette question, la Cour d’appel a répondu par l’affirmative : ces propos sont diffamatoires. Mais la Cour ne s’en est pas tenue là. Elle s’est interrogée sur la véracité des propos diffamatoires, c’est-à-dire sur les “preuves” apportées par Karsenty à l’appui de ses propos. Or, aux termes de la loi du 29 juillet 1881, la preuve de la vérité des faits diffamatoires doit être “parfaite, complète et corrélative aux imputations diffamatoires dans leur matérialité et toute leur portée”. Ces conditions sont telles que la preuve est, de facto, impossible. Comme toujours dans les litiges de ce type, la Cour s’est donc posé une troisième et dernière question : en l’absence de preuve, Philippe Karsenty était-il ou non de bonne foi ? C’est essentiellement sur sa réponse affirmative à cette question que la Cour a fondé son arrêt.
Les pétitionnaires dénoncent un “permis de diffamer” qui menacerait les journalistes. On peut se demander si, d’habitude, ce ne sont pas eux qui l’exercent, dès lors que la loi de 1881 est avant tout une loi de protection des journalistes. Peut-on dire qu’il existe, non seulement dans ce cas mais dans tous les autres, un “droit de diffamer de bonne foi” ? L’arrêt de la Cour d’Appel est-il un arrêt d’exception ?
Non c’est une interprétation parfaitement courante de la loi. Si on exigeait des journalistes qu’ils ne fassent état que de vérités prouvées, il n’y aurait plus de débat possible. Il faut rappeler que ces textes sont d’abord une protection pour les journalistes. Ce que l’on exige d’eux est qu’ils soient de bonne foi.
Le premier critère d’appréciation du juge est donc la “bonne foi” et non la véracité. N’est-ce pas un peu vague ?
La jurisprudence a au contraire établi une définition précise de la “bonne foi” qui repose sur quatre paramètres. Le premier est l’absence d’animosité personnelle : sur ce point, la Cour constate très clairement que Philippe Karsenty était dans son rôle de critique des médias, et qu’il n’était pas animé par des arrière-pensées personnelles. Deuxième paramètre : les propos diffamatoires visent-ils une légitime information du public, autrement dit contribuent-ils utilement au débat ? Là, encore, la Cour a répondu positivement. Le troisième critère est “la prudence dans l’expression”. Sur ce terrain, l’appréciation du juge dépend de l’intensité du débat et de l’importance des enjeux. Plus le débat fait rage, plus on admet une grande liberté de ton.
Pensez-vous que le juge a une interprétation trop libérale de la liberté d’expression ? Si cet arrêt fait grincer des dents, c’est peut-être parce que la liberté d’expression dont il est question ici n’est pas celle des journalistes mais celle qui peut éventuellement s’exercer à leurs dépens ?
De fait, la Cour note que les propos de Philippe Karsenty sont souvent proches d’un jugement de valeur, d’une opinion, domaine dans lequel la liberté d’expression doit être très large. Et elle doit l’être encore plus s’agissant de la critique d’un pouvoir, les médias. “Charles Enderlin peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux de France 2 diffusés aux heures de grande audience, et, qu’à ce titre, il s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères.” En bref, il est normal qu’un journaliste de l’importance de Charles Enderlin soit soumis à la critique, y compris virulente.
Cela signifie-t-il que, dès lors qu’on critique les médias, on a le droit d’écrire n’importe quoi pour peu qu’on soit sincère et qu’il n’y ait rien de personnel ?
En aucun cas, car le quatrième critère de la bonne foi, l’existence d’une « enquête sérieuse », est le plus important. Une très grande partie des attendus de l’arrêt porte sur cette question. La Cour a réalisé une analyse fine, approfondie et sérieuse des éléments présentés par les deux côtés. A la lecture de l’arrêt, on sent que le visionnage des rushes a été déterminant. Les choses sont dites sans la moindre ambiguïté : “L’examen, en cause d’appel, des 18 minutes de rushes de Tala Abu Rahma communiquées par France 2 ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure…” Et aussi : “Les attestations produites par les soins du cameraman en pouvant pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles.”
Si on pousse votre raisonnement à son terme, la Cour s’est prononcée, au-delà de l’affaire Enderlin-Karsenty, sur l’affaire Al Doura. Peut-on déduire de leur arrêt que les juges admettent que le reportage filmé par Talal Abu Rahma, édité et commenté par Charles Enderlin et diffusé par France 2 le 30 septembre 2000 suscite de gros doutes ?
Il est certain que la décision ne porte pas seulement sur le périmètre de la tolérance dont doit bénéficier la liberté d’expression. D’un point de vue exclusivement juridique, on doit constater que la Cour s’est livrée à une analyse très minutieuse, étalée sur plusieurs pages, des documents qui lui avaient été présentés ainsi que de l’attitude et des propos des différents protagonistes depuis huit ans. La relaxe de Philippe Karsenty n’est pas seulement fondée sur les grands principes, elle l’est aussi sur l’examen sérieux des pièces. En clair, le fond de l’affaire n’est pas étranger à la décision de la Cour.
France 2 et Charles Enderlin ont décidé de se pourvoir en cassation. Quel est le périmètre du débat devant cette instance ? Peut-elle se saisir du fond ou doit-elle s’en tenir à la technique juridique ?
En théorie, la Cour de Cassation ne juge qu’en droit et non pas en fait. Cette règle souffre une exception qui est précisément le droit de la presse. Dans cette matière, elle étend son analyse à tous les aspects des litiges, y compris aux faits. En conséquence, aucun élément de la décision de la Cour d’appel ne peut être tenu pour acquis. Le jeu reste ouvert.
Propos recueillis par Gil Mihaely.
Richard Malka a notamment publié : L’ordre de Cicéron, TI et TII (Glénat), Section Financière TI et TII (Vents d’Ouest), La face karchée de Sarkozy (Fayard/Vents d’Ouest), Sarko Ier (Fayard/vents d’Ouest), Rien à branler (Charlie Hebdo).
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L'auteur
Gil Mihaely est historien et journaliste.
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Hmeir dit
@Gil Mihaely
Regarde jusqu’où est allé Enderlin dans son blog. Il a été cherché où tu as servi dans l’armée pour te discréditer.
http://blog.france3.fr/charles-enderlin/index.php/2008/07/02/74926-le-crif
J’ai cru bon de te faire part de cela, si tu n’en as déjà toi-même connaissance. D’autre part j’ai envoyé une intervention “vitriolée” sur son blog. Elle n’a pas été publiée.
Je te la soumets ci-jointe:
L’ “expert”
Gil Mihaely serait lieutenant de marine d’après toi Charles? Aurais-tu accès aux dossiers militaires de chacun pour affirmer ces choses? Si oui, tu es passible de justice, parce que c’est secret militaire. Puisque tu as accès aux dossiers militaires de toute la population israélienne, tu dois savoir que je suis un ancien de Golani. Maintenant quand à toi Enderlin, as-tu participé à un échange de tirs dans ta vie pour affirmer mordicus qui a tiré sur Al-Dura, père et fils, le 30 septembre 2000, sans être présent toi-même et s’en t’être rendu sur les lieux pour vérifier que la provenance de tirs de la position israélienne était plausible? Tu n’en savais rien et tu n’en sais rien toujours. D’ailleurs, tu n’en as rien à foutre. Ce reportage était du pain béni pour toi. Tu t’es autoproclamé expert dans toutes les questions moyenorientales alors que tu ne piges strictement rien aux affaires de combat, tu ne parles pas un mot d’arabe, tu es ignorant en judaisme: tu ne sais pas la différence entre les livres de Torah de Talmud, de Midrash, de Aggadah etc…Tu ne sais même pas les lire. Ton hébreu après presque quarante ans passés en Israel est tout ce qu’il y a de plus approximatif. Tout ce que tu sais c’est du très superficiel, de l’esbrouffe comme on dit. Ton expertise ne se borne qu’à anticiper ce que tes employeurs veulent entendre sur le conflit israélo arabe en fonction de leur grille de lecture et de leurs impératifs politiques pro-arabes. France2, ne l’oublions-pas est comme l’AFP un organe de presse public, assujetti au contingences élyséennes. C’est ça ton expertise, en bon vassal de savoir quoi fournir à tes suzerains. Non, j’oublie une autre de tes facultés, c’est ton aptitude à te faire payer à prix d’or pour ce genre de service et à faire croire que tu le mérites alors qu’on ne te vois apparaitre que deux heures au plus par jour au bureau de France2. Tu as des choses plus importantes à faire chez toi comme t’asperger du plus cher after shave qu’on sent à des kilomètres. On te paye grassement et tu dis à l’antenne ce que l’Elysée, le patron de FR2 veut entendre. Ensuite, lors de tes voyages fréquents en France qui sont pour toi des répits de la chaleur suffoquante de Jérusalem, difficile à supporter pour un gars qui a grandis à Metz, tu te fais recevoir dans les salons Louis XIV dans le saint des saints de la politique française et tu es aux anges de respirer l’air des hautes sphères de la Republique, chose à laquelle tu ne serais probablement pas parvenu à faire si tu étais resté en France. Mais voilà, d’Israël en déblatérant sur ce pays, sur son armée, tu as atteint en bon Rastignac juif le firmament professionnel. Dommage que la cour de cassation ne le savait pas que l’Elysée ne t’avait délivré sauf conduit.
Tu es à au journalisme que ce que les mercenaires sont à la guerre.
Si tu te dis encore juif et israélien, tu nous as hautement trahis et le sort qu’on doit te réserver est que tu passes la fin de tes jours derrière les barreaux. De toute façon, même si on ne te fait rien en Israël au nom de la sacro sainte liberté de la presse, France2 s’en chargera très bien tout seule. La chaîne publique française va te jeter comme un vieux crayon, comme une vieille imprimante dont les recharges d’encre coûtent trop cher. Tu es un boulet pour eux. Ta patronne, Arlette Chabot est au bord de la crise de nerfs à cause de toi. On en a clairement pris acte lors de l’interview qu’elle a accordée à Shlomo Malka sur RCJ. Tu vas te retrouver comme un pauvre vieux bientôt à la retraite anticipée ne pouvant plus compter sur les deniers de France2 pour tes frais juridiques onéreux. Tu ne peux déjà plus te montrer dans la rue à Jérusalem sans te faire désigner du doigt ou sans te faire cracher dessus par un francophone en colère qui te reconnaît. Quelles que soient les conclusions des commissions d’enquête ou des développements juridiques, Charles Enderlin, tu es foutu. La seule chose qu’il te reste à faire c’est de retourner dans ta ville natale à Metz et te cacher là-bas.
Nina dit
Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! » Sinné (Charlie Hebdo)
Je ne savais où placer ce petit bijou produit par cet éminent satyriste qu’est Sinné…
Philippe Val qui a toute ma considération est outré et qualifie cet article paru pourtant dans son canard “d’antisémite”…
Moi aussi…Quelle ignominie !!!
Philippe Val a demandé des excuses. Nous verrons si Sinné (qui selon ses dires s’en bat les c……..) s’exécutera.
Val est sans doute le seul éditorialiste qui s’est insurgé contre les attentats démocides en Israel ainsi que les actes antisémites qui faisaient suite à la production made in Enderlin !
Comme quoi…Val est l’exception qui confirme pourtant la triste règle : islamo-gauchistes ça existe mais des Rédac Chefs aussi.
Dans le silence médiatique les éditoriaux de P. Val détonnaient tellement que je me suis réellement sentie moins seule. Merci à lui…