Ah ça ira, ça ira, ça ira, les financiers à la lanterne !

Rue89 / Causeur : seizième round sur Hollande et la finance

Publié le 27 janvier 2012 à 9:27 dans Politique

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Photo : bfmbusiness.com

Chaque semaine jusqu’à l’élection présidentielle, la “battle” sur Yahoo ! Actualités confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Gil Mihaely et Pierre Haski débattent du discours de François Hollande sur la finance.

Au Bourget, le 22 janvier 2012, tout comme à Paris le 11 novembre 1630, la journée des dupes tombait un dimanche… Cette fois, les premiers à être pris pour des dupes sont l’ensemble des Français à qui François Hollande affirmait sans broncher « La gauche, je l’ai dirigée avec Lionel Jospin, quand nous gouvernions ensemble le pays avec honneur et j’en revendique les avancées. » Ainsi apprend-t-on que quand on croyait naïvement être gouvernés entre 1997 et 2002 par Chirac à l’Elysée et Jospin à Matignon, c’est en réalité François Hollande qui dirigeait le pays depuis Solferino. On savait que de toutes les critiques celle qui a le plus touché Hollande concerne son manque total d’expérience gouvernementale, mais en poussant la contrevérité jusqu’au ridicule le candidat la crédibilise plus que jamais.

Dans le même registre comique, on peut relever une autre perle : doubler le plafond du livret A. À votre avis, qui en profitera ? Qui détient déjà des Livrets A affichant 15 300 euros au compteur et qui est en mesure de doubler la mise ? Eh bien, ces happy few se voient promettre un nouveau cadeau fiscal, « la niche Hollande » qui leur permettra d’échapper à l’impôt sur 15 300 euros de plus ! Ça, c’est du social !
Mais ceux que le candidat Hollande prend vraiment pour des, disons le gentiment, simples d’esprits, sont ses propres partisans et plus généralement ce qu’on appelle le peuple de gauche. Comme l’a signalé fort à propos Serge July lundi soir chez Yves Calvi, sans rien redistribuer, sans rien promettre aux chômeurs ni aux précaires, sans proposer autre chose que d’être une version sans Rolex de Nicolas Sarkozy, le candidat socialiste a enflammé la salle avec les formules les plus creuses du vocabulaire de la gauche. En réalité, il a fait bien pire : il a sciemment flatté les plus viles passions – la jalousie, la haine et la chasse aux boucs émissaires.

Il a d’abord arrosé son public de mots clés évoquant la Révolution. Avec le mot « égalité » répété 39 fois, Hollande a planté le décor. La liberté, quant à elle, a eu droit seulement à 7 occurrences. Voilà qui démontre la véritable hiérarchie des valeurs d’un homme réduisant sournoisement ce qui peut être une noble aspiration à sa plus triste dimension : l’envie. Cela fait, le candidat fait entrer l’accusé, que dis-je, le condamné sans jugement : la finance. L’Ennemi par excellence est, selon ses propres termes, « sans nom, sans visage, sans parti », mais celui qui « pourtant [nous] gouverne » et qui a pris le contrôle de nos vies. Pour donner tout de même un petit indice à ceux qui envisagent de partir à la chasse, Hollande désigne les « 1 % des Français privilégiés se séparent du reste de la société. Ils vivent à côté de nous mais ils ne vivent déjà plus avec nous. » Pour le candidat socialiste qui n’hésite pas à évoquer la nuit du 4 août 1789 et l’abolition des privilèges, cela ne fait pas de doute : « la finance » du discours du Bourget n’est autre que la version 2.0 des « Aristos» , ce groupe à contours flous qui accueillait pendant quelques tristes années les ennemis des sans-culottes, quelles que soient leur naissance et leur fortune…

Pour quelqu’un qui ne cesse d’accuser son adversaire de diviser les Français, c’est fort de café de désigner à la vindicte populaire non plus 200 familles, comme au temps du Front Populaire, mais 200 000 (soit grosso modo ce fameux 1% des ménages parasites). Va-t-on demander à son voisin s’il en est, avant de savoir si on doit ou non continuer à lui dire bonjour ?

Et puis, soyons francs : « la finance », ça ne veut rien dire et ce flou prémédité cache, comme disait la grand-mère de Martine Aubry, un loup. Désigner un ennemi imaginaire et indéfini permet de masquer sa complicité avec le véritable adversaire. Car si ce qu’Hollande appelle « la finance » a pris les dimensions qu’il lui attribue c’est d’abord parce que tous nos gouvernements (y compris quand François Hollande, assisté par Jospin et Chirac, était au pouvoir…) ont décidé d’interdire aux banques centrales de leurs prêter de l’argent à taux d’intérêt raisonné ! C’est le principe- érigé en article de foi- selon lequel les déficits publics doivent être financés par les marchés qui a permis les dérives d’un système pourtant essentiel. Mais là-dessus pas un mot. Pas un mot sur la BCE ni sur l’Euro, pas une proposition pour priver d’oxygène les pires dérives financières.
On comprend mieux, à ce tarif, l’insistance de François à tacler l’homme en face de lui, et surtout l’homme. Parce que le discours hollandiste est non seulement flou, mais il n’est même pas original… Le candidat copie le président actuel qui, pas plus tard que jeudi dernier, lors de ses vœux au monde économique, attribuait la responsabilité de la crise à un seul coupable, « le dérèglement de la finance », en avançant d’ailleurs les mêmes non-solutions que son adversaire socialiste.

On pourrait comprendre, à la rigueur, que nos deux prétendants pillent réciproquement leurs programmes sur ce qu’ils ont de meilleur. Mais qu’ils se pastichent l’un l’autre pour fustiger un ennemi fantasmé contre lequel ils ne peuvent ni ne veulent agir n’est pas de bon augure.

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  • 30 January 2012 à 14h47

    Dio Gêne dit

    Stop Umps, marre des gros mous!

  • 29 January 2012 à 8h28

    pirate dit

    Sur l’aspect fictionnel de ce discours et son langage en carton nous sommes bien d’accord. C’est affligeant de se dire qu’il suffit qu’un pitre de plus s’empare d’un mot comme “mon adversaire c’est la finance” pour qu’il soit applaudi. Mais de quoi il parle bon dieu ? Quelle finance d’ailleurs ? Celle des spéculateurs du 1er ou du seconda marché, ceux qui font grimper le prix des matières 1ère ? La bourse de shangai ? Celle de New York ? Il va faire quoi occupy la corbeille ? Surtout qu’en effet ce discours n’est pas du réchauffé, l’extrême droite des années 30 disait la même, comme le front pop d’ailleurs. Ensuite quand il dirigeai la France assisté du gouvernement, c’est lui qui a suggéré à Jospin de défiscaliser les stock option ? Hein ?

    • 29 January 2012 à 9h24

      Marie dit

      Mais mon cher pirate tout le monde l’a oublié surtout nos journalistes qui ce matin cocoriquotaient sur France Inter!

  • 28 January 2012 à 9h41

    vt35 dit

    Vos réflexions sont souvent pleines d’intérêt. Permettez-moi une remarque. Vous affirmez que la BCE devrait prêter directement aux états.
    La fabrication de monnaie qui n’a pas de contrepartie économique à l’actif de la BCE , cela s’appelle de tous temps fabriquer de la fausse monnaie. Les princes adorent ça. Les conséquences sont désastreuses.
    Quand la FED fait du QE, elle prête à l’entité qui garantit son bilan. Le bilan de la BCE est garanti collectivement par les états de la zone euro. Quand un bien appartient à tous il n’appartient à personne, les abus et la détérioration sont immédiats. Êtes vous prêt à faire sans condition bourse commune avec le gouvernement grec ?
    Les opérations actuelles de la BCE ne sont pas du QE. ll s’agit de prises en pension, avec des collatéraux.

    • 30 January 2012 à 8h08

      Adalbert dit

      Bien dit, l’ami : ras-le-bol de ces excitations contre la loi Rothschild. Elles cachent (mal) le sexe des Enragés de l’Inflation, des Pieds-Nickelés de la Planche à Billets, des Coupeurs de Gorge des Classes Prévoyantes et Epargnantes.

      Gil ferait mieux d’enquêter pour savoir QUI a inventé la monnaie, comment on en fabrique une de bonne qualité et qui a intérêt à grignoter sa valeur.

    • 30 January 2012 à 9h22

      eclair dit

      @vt35 adalbert

      Et l’argent qui vas être preté aux banques par la BCE il vient d’où? ces 450 milliards?
      Il est crée ad nihilo.

      CCela vas servir à preter aux états afin que ces créances augmentent les fonds propres des banques afin qu’elles puissent emprunter de nouveau à la BCE ce coup ci pour preter à la finance et à l’économie réelle.

      Comprennez les mécanismes actuels de création monétaire et vous verrez que la planche à billet existe déjà.

      La monnaie est basée sur la dette des états. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est difficile de rembourser les dettes des états cela entrainera derrière une destruction de monnaie.

      • 30 January 2012 à 18h16

        Adalbert dit

        @eclair :
        Je plussoie ! Je suis tout à fait opposé au système de réserve fractionnaire des banques de second rang quand il est protégé par le parapluie d’une banque centrale monopolistique. Je critique les rêveries des anti-loi de 1973, comme je tape sur les monétaristes. Vivat Mises et Hayek ! Liberté vaincra !

  • 28 January 2012 à 9h39

    vt35 dit

    Vos réflexions sont souvent pleines d’intérêt. Permettez-moi une remarque. Vous affirmez que la BCE devrait prêter directement aux états.
    La fabrication de monnaie qui n’a pas de contrepartie économique à l’actif de la BCE , cela s’appelle de tous temps fabriquer de la fausse monnaie. Les princes adorent ça. Les conséquences sont désastreuses.
    Quand la FED fait du QE, elle prête à l’entité qui garantit son bilan. Le bilan de la BCE est garanti collectivement par les états de la zone euro. Quand un bien appartient à tous il n’appartient à personne, les abus et la détérioration sont immédiats. Êtes vous prêt à faire sans condition bourse commune avec le gouvernement grec ?
    Les opérations actuelles de la BCE ne sont pas du QE. ll s’agit de REPO

  • 27 January 2012 à 14h37

    livia dit

    Solitude

    Après ce constat que je partage en partie, on fait quoi ?

    • 27 January 2012 à 14h52

      solitude dit

      Après ce constat que je partage en partie, on fait quoi ?

      Déjà , on peut transmettre ces renseignements à toutes nos connaissances qui perdent tout sens critique dès que le mot gauche est prononcé . J’en ai fait partie!
      Et surtout les faire passer sur des forums très lus pour mettre à jour les mensonges de ces joueurs de flûte

      • 27 January 2012 à 18h57

        Marie dit

        et il faut le faire vite et partout!

  • 27 January 2012 à 13h56

    red benjamin dit

    Un peu de bon sens dans les… dans UN média, ça m’oxygène!
    Et contrairement à Amerotke, la dernière phrase est précisément essentielle à la démonstration.
    C’est un coup à se dire que l’ex-Madame Hollande aurait sans doute fait mieux/plus original/plus ocurageux (j’en suis pas sûr mais j’ai comme un doute).

    • 27 January 2012 à 14h00

      rackam dit

      lapsus révélateur dans le mot “ocurageux”? Levez-vous ocurages désirés!

      • 27 January 2012 à 14h06

        red benjamin dit

        Aha! Bien vu, forban des caraïbes!

  • 27 January 2012 à 13h32

    saintex dit

    Ah que, Hollande-Johnny, même combat, ils nous mettent le feu.

    Quies (qui est-ce) ou pas, ils nous mettent aussi les boules.

    • 27 January 2012 à 18h56

      Marie dit

      et boules très partagées par ceux que j’ai entendu aujourdhui!

  • 27 January 2012 à 13h06

    L'Ours dit

    “le candidat socialiste a enflammé la salle…”
    Comme vous y allez!
    Des boules Quies dans tous les conduits auditifs du public n’auraient rien changé. Au pupitre, il y avait une tête à claque!

    J’aurais le moral s’il n’en allait de même à droite.

  • 27 January 2012 à 12h17

    solitude dit

    “Désigner un ennemi imaginaire et indéfini permet de masquer sa complicité avec le véritable adversaire”

    Economie > La gauche française, pionnière de la dérégulation financière ?
    La gauche française, pionnière de la dérégulation financière ?
    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20110916.OBS0537/la-gauche-francaise-pionniere-de-la-deregulation-financiere.html
    Publié le 16-09-11 à 19:18 Modifié à 19:50 par Le Nouvel Observateur 5 réactions
    “Régulation financière”, “rigueur”…D’après un prof d’Harvard, ces enjeux présentés comme des défis pour les candidats de gauche, ont été, dans les années 80, au cœur de la politique de la gauche française. Par Patrick Fauconnier

  • 27 January 2012 à 11h47

    Pierdec dit

    Hollande sera élu, cela ne fait plus de doute aujourd’hui.
    Il a su parler aux français et leur promettre encore plus ce qu’on fait les politiques de droite comme de gauche depuis quarante ans.
    On peut alors se poser des questions sur la maturité politique des français et la pérennité d’une démocratie où le peuple n’est là que pour demander toujours plus  et les politiques pour acheter des voix.
     

    • 27 January 2012 à 13h30

      saintex dit

      Sur, on peut, on peut même se poser la question de la maturité tout court de l’homme. Quelques uns on fait le pari que c’était possible, il n’y a pas loin de 2000 ans.

      En revanche pour la prophétie, vous avez une chance sur deux de voir juste. Font souvent moins bien en détaillant trop à la météo.

  • 27 January 2012 à 11h38

    Amerotke dit

    Très bon, sauf la dernière phrase qui est de trop

  • 27 January 2012 à 10h40

    Marie dit

    Je rajouterais pour faire bon poids que compts faire Hollande contre la crise de la dette? embaucher plus de fonctionnaires? piquer dans les poches des classes moyennes ça c’est sûr et de plus encore plus taxer les entreprises ! allons c’est bien parti!