Afghanistan : si on part, on perd

Ce conflit est local, mais cette guerre est mondiale

Publié le 08 décembre 2009 à 13:00 dans Monde

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kaboul

En Afghanistan, on part ou on perd ? Mais si on part, on perd. Et nous ne pouvons pas perdre. Obama l’a compris, “c’est une guerre de nécessité ”. On se demande ce que nous avons à gagner en mobilisant de tels moyens financiers et humains pour guerroyer dans un pays lointain. On peut poser la question autrement : en évitant la guerre aujourd’hui, qu’avons-nous à perdre demain ?

La défaite militaire serait un repli mineur comparé à la suite des événements. Laisser les insurgés sortir des grottes où ils se terrent pour reprendre le haut du pavé, tenu aujourd’hui par un gouvernement tant bien que mal élu, c’est abandonner les populations au sort que leur réservent les fanatiques analphabètes qui autrefois surgissaient du désert et qui cette fois-ci, descendent des montagnes. Les filles seront privées d’école, des hommes seront exécutés pour avoir écouté de la musique, des femmes assassinées pour être allées chez le coiffeur.

La mission onusienne n’est pas de propulser l’Afghanistan de la féodalité au 21ème siècle mais de chasser les nouveaux inquisiteurs. La burqa n’a pas disparu avec les talibans mais la liberté de ne pas la porter est rétablie, au moins dans les zones dont ils été chassés. Nous devrons nous contenter de ce progrès car nous, Occidentaux, ne sommes pas chez nous. Nous ne faisons pas la loi, nous organisons les élections de ceux qui la feront. Nous respectons les coutumes locales car nous ne sommes pas en pays conquis.

À défaut d’avoir été éradiquée, Al Qaeda a perdu de sa capacité d’action en perdant sa base afghane. L’avoir chassé aura épargné plus d’un attentat à nos villes infidèles. Abandonner le terrain, c’est l’assurance revoir des camps d’entrainement terroristes qui auront pignons sur rue. Si nous perdons la bataille d’Afghanistan, la guerre que le fondamentalisme révolutionnaire nous livre se répandra. Les djihadistes deviendront plus nombreux, plus forts, plus menaçants. Les attentats se multiplieront, la méfiance grandira dans nos sociétés pluri-ethniques et pluri-cultuelles à l’encontre de nos concitoyens musulmans et tous seront éclaboussés par l’image de cet islam criminel. Le djihad étant une notion assez vague qui va du travail sur soi au meurtre de l’autre, avec la montée en puissance d’un salafisme qui aura gagné une guerre et emporté un pays, la confiance qui fait la cohésion des nations sera ébranlée. La coexistence des communautés qui composent les peuples partout dans le monde deviendra plus difficile. La paix civile sera fragilisée. Le vivre-ensemble se nourrit de confiance, c’est cela aussi que nous protégeons en Afghanistan.

Le champ de bataille est afghan mais la guerre est mondiale. Les djihadistes veulent diviser le monde entre musulmans et infidèles. La fracture qu’ils appellent de leurs prières passe par nos sociétés. En les combattant en Afghanistan, nous résistons à cette tentative de déchirure. Pour les Afghans comme pour tous les peuples, musulmans compris, qui ne veulent pas d’un islam uber alles, nous ne pouvons renoncer à mener cette guerre et nous ne pouvons pas la perdre.

Toujours plus et toujours rien ? Pas sûr ! Le général Mac Chrystal qui mène les opérations tire la leçon de huit années de campagne : “huit années d’opérations réussies individuellement ont abouti à plus de violence”. Il poursuit : “Cela ne veut pas dire que nous devrions éviter un combat, mais pour gagner nous devons faire beaucoup plus que simplement tuer ou de capturer des insurgés”. “ Une véritable opération offensive de contre-insurrection est tournée contre l’insurgé mais aussi ne peut se permettre de perdre le contrôle de la population. Nous devons concevoir des opérations offensives pas uniquement destinées à l’encontre des combattants mais aussi pour gagner la confiance et le soutien du peuple tout en repoussant l’influence et l’accès aux insurgés.”

Côté afghan, le ton est coopératif. S’adressant aux Américains, le ministre de la Défense afghan, Abdul Rahim Wardak a déclaré: “Les Afghans ne vous ont jamais vus comme des occupants même si cela a été le principal objet de la campagne de propagande de l’ennemi. Contrairement aux Russes, qui ont imposé un gouvernement avec une idéologie étrangère, vous nous avez permis de rédiger une constitution démocratique et de choisir notre propre gouvernement. Contrairement aux Russes, qui ont détruit notre pays, vous êtes venu le reconstruire”. L’Afghanistan, ce “cimetière des empires”, n’enterrera pas le projet de l’Alliance de 42 pays menée par les Américains car ce projet n’est pas impérialiste. Nous ne sommes pas là pour prendre l’Afghanistan mais pour le rendre aux Afghans. En espérant que de cette nation qui ne se manifeste jamais autant que face à l’envahisseur, ils seront capables de faire un Etat.

Les Américains semblent vouloir rectifier le tir pour se donner toutes les chances de remporter le morceau, les Afghans comprennent que l’indépendance à laquelle ils sont farouchement attachés n’est pas menacée, le Pakistan met le paquet pour protéger son nucléaire : tout ça ressemble fort à la dernière ligne droite. Mais pour mettre fin à ce conflit, il faut pouvoir passer la main et pour tenir jusque-là, il faut plus d’hommes. En attendant que l’Afghanistan compte assez d’Afghans armés et formés, policiers ou militaires, pour combattre les insurgés et chasser les étrangers venus mettre leur pays à feu et à sang pour le djihad, la stratégie de contre-insurrection exige plus de soldats pour investir le terrain et le tenir, rassurer les populations, se faire accepter par les autorités traditionnelles morales ou tribales. Dans cette tactique redéfinie, nous Français, avons le savoir-faire pour réussir la mission. Ce sont nos troupes d’élite qui ont eu Ben Laden en ligne de mire et nous n’oublions pas depuis Robespierre que “les peuples n’aiment pas les missionnaires armés”. Pouvons-nous lâcher l’affaire à deux doigts de la victoire quand nous sommes taillés pour le job ?

Voilà pourquoi il me semble que nous devons plus que jamais continuer le combat en Afghanistan. Cette guerre n’est pas seulement celle des Américains, c’est aussi la nôtre, parce que nous avons les mêmes valeurs et les mêmes ennemis. Et puis, dans la paix comme dans la guerre, à quoi servirions-nous, nous les hommes, sinon à permettre aux femmes du monde d’aller chez le coiffeur ?

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  • 14 December 2009 à 3h48

    André Assiétoi dit

    Qu’est-ce que vous voulez insinuer, Monsieur Gérard ? Osez le dire, ça ne sera qu’une confirmation…

  • 13 December 2009 à 21h27

    GERARD dit

    A M. Assiétoi

    Ah c’est vous qui detenez le fichier de la gendarmerie française. Vous savez celui de 1940.
    Au fond l’expression de Sarkozy me plaît assez : “Casse-toi pauvre con”.

  • 13 December 2009 à 21h05

    André Assiétoi dit

    Finalement, à Causeur, personne n’est capable de dire pourquoi il faut aller casser du bougnoule en Afghanistan. La pire, dans le genre, étant Élisabeth Lévy qui est infichue d’argumenter un minimum. Faut aller casser du bougnoule, parce que c’est bien pour nous les occidentaux. Sinon, ouille ouille , ouille, on encourt les pires risques à côté desquels le 11 septembre, c’était du pipi de chat. Quelle lumière ! Heureusement qu’elle n’est pas présidente de la République et qu’elle n’a pas le bouton nucléaire dans les mains.
    Il serait vraiment temps qu’on renvoie chez eux les penseurs au petit pied du genre Finkielkraut, Adler (celui qu’avait osé dire un jour qu’il savait dans quelle grotte était planqué Ben Laden – Ben dis-le, Ducon !), Lévy (les deux !) Goupil, Taguieff, Val, Lanzman, j’en passe et peut-être même des pires encore…
    À bas les néocons, les colonialistes et les va-t-en guerre !

  • 12 December 2009 à 17h31

    lisa dit

    @Alpin,
    Merci !
    j’essaierai avant mardi soir.

  • 12 December 2009 à 16h33

    Alpin dit

    @Lisa,

    Bonjour,

    J’ai vu une bonne part de ce documentaire que vous pouvez revoir sur Arte rediffusion
    jusqu’à mardi soir,en voici le lien:

    http://plus7.arte.tv/fr/1697660,CmC=2969784,scheduleId=2938764.html

    cela est intéressant, mais je vous conseillerai surtout la lecture de l’ouvrage de 2 historiens universitaires allemands à partir d’archives allemandes recemment exploitées:

    “Croissant fertile et croix gammées”
    Le III° Reich,les Arabes et la Palestine.

    Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann.

    Ed:Verdier ,
    Paru en: Oct 2009

  • 12 December 2009 à 8h11

    lisa dit

    Il y a eu un reprotage d’Arte sur ce sujet, qui l’a vu ? qu’a pu dire la chaîne bien pensante du paf ?

  • 12 December 2009 à 7h33

    maththai dit

    Non mais c’est pas vrai?! Pour une fois je demande solennellement aux gens qui ecrivent sur l’afghanistan de revoir leur geo politique!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!1
    Nous ne sommes pas la bas pour sauver les afghans du peril Taliban!
    Essayez de vous renseigner un peu nom de Dieu!
    Nous sommes la bas a cause d’un put*** de pipeline qui nous permettrait de moins dependre de la russie>
    Ca commence a etre penible

  • 12 December 2009 à 5h53

    GERARD dit

    Mohammed à propos de la solution finale, le gentil Grand Mufti de Jérusalem, ne crachait pas dessus.
    On m’a même rapporté,- mais ce sont de méchantes langues dans des livres qu’on trouve même à la très sélective bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe-,qu’il aurait mis la main à la pâte .
    Que voulez-vous El Husseini, Hitler, des visionnaires …
    Mais ce sont des racontars.
    Car l’Islam, comme sont sommés de le proclamer les journalistes du service public, est-une-religion-tolérante.
    Et les musulmans ne sont-ils pas automatiquement des “victimes”?

  • 12 December 2009 à 1h13

    aaaaa dit

    La judéophobie n’est pas l’antisémitisme violent voire exterminationiste.

    Et l’islamophobie n’est pas la haine violente bien qu’heureusement pas encore exterminationiste des musulmans.

    Je veux dire qu’aujourd’hui, des colons ont incendié une mosquée, je remarque aussi, qu’en france les musulmans sont sommés plus que tous les autres d’être de bons français.

    Plus loin, en Afghanistan, une coalition à la solde de je ne sais même pas qui ou quoi (l’otan?le dollar?la sainte croix?Dieu?…) s’autorise de grosses bavures contre d’invisibles civils.

    Or, j’ai dans l’idée que si ces civils n’étaient pas coupables d’être musulmans, leur sort serait différent.

    Et que peut-être, cette guerre n’aurait pas pu arriver.

    Si cette idée est banale et élémentaire, il faut encore mesurer l’écart qui la sépare de la réalité de la représentation générale de cette guerre.

  • 11 December 2009 à 23h51

    dragonfire dit

    Article humouristique assez intéressant. Langue de bois mâtinée d’un concept ou deux à la sauce Bernard Lewis épicée de deux ou trois blagues que des soldats doivent bien se raconter sur le terrain…
    Pauvres Afghans! Après avoir subi toute la quincaillerie de l’armée soviétique au faîte de sa puissance, voilà qu’ils encaissent en sus les déchêts industriels, chimiques et biologiques de la plus puissante alliance militaire de tous les temps menée par les USA.
    Je ne vois pas où est la différence entre les deux impérialismes…
    Imaginez le pauvre quidam Afghan ne sachant plus que faire entre un souffle cataclysmique d’une daisy-cutter américaine, des bombes à fragmentations britanniques, des erreurs de tir de soldats Allemands, des magouilles mafieuses de soldats italiens, du m’as-tu-vu des soldats français ou des faux sourires des soldats jordaniens ou émiratis. Corruption généralisée, pauvreté totale, destructuration sociale, gouvernement fantôche, pots de vin à tous les échelons

  • 11 December 2009 à 20h37

    Patrick Mandon dit

    Pour l’Afghanistan, un certain Pierre Servent suggère parfois d’excellentes vérités. Il connaît très bien le fonctionnement des Forces spéciales, si importantes dans ce genre de conflit, et réfléchit à la guerre comme science humaine. Il paraît que les américains ont enfin consulté les français. Mais ceux-ci leur auraient expliqué que, même vainqueur, un pays «hors sol» n’acquiert jamais la moindre légitimité ; ils ont donné en exemple le cas de l’Algérie…
    Vous avez aimé l’Irak ? Vous allez vraiment adorer l’Afghanistan…

  • 10 December 2009 à 23h44

    Anne Gallet dit

    ” Le vivre-ensemble “… Comme c’est charmant !