Affaire Théo: lettre ouverte à Luc Poignant | Causeur

Affaire Théo: lettre ouverte à Luc Poignant

“Bamboula” n’a rien de convenable. La chasse à l’homme non plus

Auteur

Philippe David
est journaliste et auteur de "Virons Dieu du débat politique !" (Ed. Fauves).

Publié le 12 février 2017 / Société

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Luc Poignant dans "C dans l'air", 9.02.2017

Cher Luc,

C’est en lisant un mail envoyé par mon rédacteur en chef hier au soir que j’ai compris que tu venais de faire, par une erreur de langage, une gaffe qui allait te valoir des ennuis. Dans ce mail, il y avait une vidéo de l’émission « C dans l’air » dans laquelle tu étais invité à t’exprimer en tant que syndicaliste policier.

Au cours de cette émission, tu as prononcé une phrase malheureuse décrivant un dialogue entre une personne interpellée et un policier qui allait te coûter dans les médias et sur les réseaux sociaux injures, quolibets, mots de haine, menaces sur tes enfants et même appel au meurtre pour toi alors que tu n’en méritais pas tant, sauf à vouloir rétablir la peine de mort pour abus de langage…

Voici l’échange,au sujet des insultes entre jeunes et policiers avec la journaliste Caroline Roux, qui te vaut aujourd’hui d’être voué aux gémonies: « Le mots ‘bamboula’, d’accord, ça ne doit pas se dire, etc… Mais ça reste encore à peu près convenable. – Non, te répond-elle. – Bah, ‘enculé de flic’ c’est pas convenable non plus. – Non, dans les deux sens ce n’est pas convenable. –Non mais voilà mais oui mais d’accord mais c’est la conversation qu’il y a entre les deux, c’est ça le problème. » Sur le plateau personne n’a réagi, ce qui s’explique par ton explication : «c’est la conversation qu’il y a entre les deux, c’est ça le problème ».

Malheureusement, sur les réseaux sociaux la mèche était allumée causant un incendie incontrôlable, tout le monde te tombant dessus avec, cerise sur le gâteau, Christiane Taubira twittant : « On casse d’abord du bamboula puis du bougnoule puis du jeune puis du travailleur puis du tout venant ». J’aurais aimé de la part d’une ex-Garde des Sceaux un tweet aussi indigné lorsqu’un groupe de rap éructait : « 24 heures par jour et 7 jours par semaine/ J’ai envie de dégainer sur des f.a.c.e.s. d.e. c.r.a.i.e. » mais à priori le mot « bamboula » que tu n’as pas prononcé mais juste répété, choque plus Christiane Taubira que l’expression tout aussi raciste de « face de craie »…

Je sais à quel point tu es blessé, meurtri et au fond du sac depuis hier au soir. Je sais, pour assez bien te connaître, que tu es l’antithèse d’une personne intolérante et a fortiori raciste.

Je sais que les tribunaux médiatiques ont calqué leurs méthodes sur les tribunaux staliniens et que les réseaux sociaux fonctionnent comme fonctionnaient les passages au bûcher sous l’Inquisition. A cette époque, on amenait les coupables de blasphème sur leur lieu de supplice entourés d’hommes cagoulés pour qu’on ne les reconnaisse pas comme aujourd’hui on exécute en silence sur les réseaux sociaux sous l’anonymat d’un pseudonyme, les Torquemada de la toile ne valant pas mieux que les exécuteurs des hautes œuvres de l’original.

« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Ainsi parla Jésus au sujet de la femme adultère que d’aucuns voulaient lapider.

Je ne veux pas te comparer à la femme adultère mais je tiens à rappeler que toute femme ou toute homme dans sa vie, surtout dans le stress du passage sur un plateau de télévision ou dans un studio de radio, peut un jour avoir la langue qui fourche, dire une connerie ou voir ses propos mal interprétés.

Tu es un syndicaliste de la police connu et reconnu et j’aurais aimé que ceux qui hurlent aujourd’hui à la mort contre toi fassent de même lorsque des rappeurs traitaient la France de « pays de kouffars », appelaient à « niquer la police », chantaient ”Où sont les condés? On va les dompter. Combien de décédés? On peut plus compter” ou encore « pissaient sur la justice et sur la mère du commissaire ». On ne les a pas entendus à ce moment là pourtant les mots étaient calibrés, écrits, relus et interprétés de sorte qu’on ne pouvait pas plaider pour eux l’abus de langage. Pourtant on est tous heureux de t’avoir toi et tes collègues comme les gendarmes et les militaires pour nous protéger, notamment du terrorisme. Même Renaud s’est mis à embrasser un flic ces derniers mois, c’est tout dire…

Le petit fils de commandant de police qui t’écrit cette lettre ouverte espérait que dans la « maison », comme disait mon grand père, il y aurait de la solidarité au moins entre syndicalistes. Même pas puisque le patron d’un autre syndicat a cru bon d’en remettre des louches pour te jeter aux chiens, preuve que tout se perd, y compris chez les « Bleus ».

Sache en tout cas que je compatis à ce que tu vis depuis jeudi soir et que tu ne mérites absolument pas le sort qui t’est réservé. C’est pourquoi j’ai écrit cette lettre ouverte à un homme à terre qui, je l’espère, va très vite se relever. Pour conclure cette lettre, et comme Renaud, permets-moi de t’embrasser, cher flic…

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    • 18 Février 2017 à 5h04

      Criger dit

      Il ne faut plus accepter de participer à ce genre d’émission verrouillée par des bobos de gôche – toujours les mêmes – qui ont la mégalomanie délirante de présenter leur opinion dont tout le monde se fout comme celle des Français, qui accusent, accablent, condamnent après avoir instruit exclusivement à charge et tentent d’assassiner ceux qui n’utilisent pas la même langue de bois qu’eux. Ras le bol; quand leur audimat aura été torpillé ils débarrasseront le plancher.

    • 16 Février 2017 à 14h47

      munstead dit

      “petit-fils d’un commandant de police…” donc l’auteur reprend à son compte tout ce que pense la police, y compris ses dérapages verbaux et autres. Tradition quand tu nous tiens! Je suis arrière-petit fils de douanier et j’ai toujours une petite crainte quand je passe une douane (US, turque, bulgare, marocaine etc). Je ne dois pas être normal.

      • 16 Février 2017 à 18h55

        volut dit

        Comme je vous comprends !
        Mon conseil : ne franchissez plus les frontieres,restez chez vous bien au chaud dans lEtat Islamique et attendez en confiance le jugement dernier et la vie eternelle.
        Etre anormal…c’est pas anormal, hein ?

    • 16 Février 2017 à 14h03

      Gil dit

      Lynchez, lynchez, il en restera toujours quelque chose !
      Né dans une gendarmerie en 1940,amis fidèles dans la police ( région parisienne ) j’ai vu le climat se dégrader au fil du temps.
      Je trouve scandaleux que ceux-là même qui utilisent la police à toutes les sauces osent avoir l’impudence de ne pas rater un lynchage possible.
      Je ne soutiens pas les ” possibles exactions “, mais j’apporte ( pour ce que cela vaut ) mon total soutien à ce syndicaliste victime d’une célébrité à rebours de sa tentative de calmer le jeu maladroitement exprimée.

    • 16 Février 2017 à 13h38

      conrad dit

      Rien à redire, tout est clair, lucide et objectif dans le fond comme dans la forme. Bravo et bon courage à vous!

    • 15 Février 2017 à 19h24

      persee dit

       Terrifiant  le délit d’opinion s’accompagne désormais d’un liste de  mots à éviter soigneusement dans un argumentaire lorsqu’il est développé par un responsable qui déroge à la  ligne du parti  pour faire peuple . En face pas de problème , les rappeurs qui appellent à la haine et leurs auditeurs n’ont pas droit  à ces mises au pilori . Pourtant quelle boue ! 

    • 14 Février 2017 à 12h05

      Creatcar dit

      Merci pour cette lettre j’y retrouve du bon sens, il faut dire que la sémantique des mots a bien évolué depuis un certain temps … du temps ou des pubs se permettaient de dire :
      « Y a bon Banania »
      Avec un petit dessin d’un homme de couleur !
      Ce qu’a dit monsieur Luc Poignant n’est pas bien certes !
      Ceci dit pas pire que des rappeurs qui veulent casser du flic ou « niquer « la police dans leur chanson, enfin chanson ? Ou que des musulmans disent que sale juif n’est pas injurieux car c’est une simple expression, comme peut-être manger en suisse ?
      Faudra vous y faire ! Vous représentez une autorité donc que du politiquement correct.
      On est parti pour des moments difficiles ; Monsieur tenez bon ! Moi aussi je vous embrasse.

      • 16 Février 2017 à 14h49

        munstead dit

        Donc vous justifieriez que ce brave monsieur que vous embrassez, traite une personne lors d’une vérification d’identité de “pédale”, de “gouine, ” de “bougnoule”, de niaquoé”, puisque c’est le langage de la rue. Pour ma