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Alain Finkielkraut sur l’affaire Millet : “ce que ne peut pas la littérature”

Entretien avec Alain Finkielkraut

Publié le 14 septembre 2012 à 8:45 dans CultureSociété

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Alain Finkielkraut

Cyril Bennasar1. L’essai de Richard Millet intitulé Éloge littéraire d’Anders Breivik a déclenché plusieurs types de réactions : certains ont critiqué et réprouvé, d’autres (comme Annie Ernaux et Tahar Ben Jelloun) sont allés plus loin, en réclamant une action collective des écrivains Gallimard pour obtenir son éviction. On assiste là à un nouveau type de chasse aux sorcières, où ce n’est plus le pouvoir qui censure, mais des écrivains qui viennent demander au pouvoir, en l’occurrence l’éditeur, la tête d’un des leurs. Qu’en pensez-vous ?
Alain Finkielkraut. Dans l’article qu’il consacre à cette affaire et qu’a publié le journal Libération, Michel Crépu cite cette phrase admirable de Bernard Delvaille : « Je n’ai jamais hué personne. » Je voudrais que l’on puisse dire cela de moi : je me désolidarise donc des écrivains qui demandent la peau de Richard Millet. Et je salue le courageux refus par Antoine Gallimard de satisfaire l’instinct punitif de ces grandes consciences. Mais l’aversion pour les épurateurs ne suffit pas. La critique de la critique ne doit pas m’exempter d’une appréhension et d’une évaluation du texte lui-même.

Justement, que vous inspire ce pamphlet, à commencer par son titre ? Peut-on faire un éloge, même « littéraire », de Breivik ?
Le titre Éloge littéraire d’Anders Breivik m’a exaspéré.

[...]

*Photo : Hannah Assouline.

  1. Le titre de cet entretien est une référence à celui d’un ouvrage rassemblant, sous une forme écrite, une sélection des meilleures émissions « Répliques » de France Culture parmi celles consacrées à la littérature. Ce que peut la littérature, sous la direction d’Alain Finkielkraut, Stock, 2006.
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  • 21 Novembre 2012 à 17h11

    Yuna Bonbeurre dit

    I know the power of words,
    I know the toxins of words…

    Amis E. Lévy & A. Finkielkraut, quand vous vous faites (semi)défenseurs de Millet, pourquoi vous arrêter (Causerie de septembre) à la page 1 de son Eloge [p.103 du livre], pourquoi vous attarder sur son « je n’approuve pas les actes » ?

    Alain Finkielkraut, seriez-vous… broutant le gazon toujours vert des sciences sociales, celles-là même qui chient sur les humanités dont vous êtes l’un des plus fervents défenseurs ? Refusant le fameux REEL (cf. R. Camus du même No, p. 53) pour mieux faire valoir votre propos ?

    Vous aurait-il en effet échappé à tous les deux que p.109 Richard Millet écrit « Je condamne les actes » ?

    Condamner, est-ce « désapprouver du bout des lèvres » (AF, p.49) ?

    Si tous les deux, vous tendriez à rejoindre la cohorte des bavasseurs béats, alors, ceux qui comme moi apprécient votre lucidité, votre courage et votre humilité (devant le langage) n’ont plus qu’à… se poignarder avec une saucisse.

  • 22 Septembre 2012 à 10h20

    Tim dit

    “Lumineux”, le mot est juste. Mais je reste convaincu que notre Finkie ne révèle pas l’intégralité du fond de sa pensée, tant échaudé qu’il a été par les multiples attaques de la “bien-pensance” (entre guillemets tellement le terme a été galvaudé). En tout cas, à nouveau merci Mr Finkielkraut.

  • 17 Septembre 2012 à 15h08

    Holala dit

    Lumineux, précis, mais si triste de tout comprendre et de ne rien pouvoir modifier à l’inexorable.

  • 15 Septembre 2012 à 19h11

    Naif dit

    Comme d’habitude Alain Finkielkraut force à réfléchir !
    Je n’avais pas pensé que ce contenter de ne pas approuvé était d’une certaine manière faire la même chose que ceux qui disent: “ne pas approuver le comportement des jeunes de banlieue mais qui veulent comprendre”
    Même si ce parti dévot ne manque pas d’excuses pour justifier l’injustifiable 

  • 14 Septembre 2012 à 22h10

    Serghei Litvin dit

    Je n’ai pas tout lu, mais le début me semble faible, français…

    • 14 Septembre 2012 à 22h31

      quadpater dit

      Serghei, bravo pour cet effort de synthèse, vous y êtes presque.

    • 22 Septembre 2012 à 10h31

      laborie dit

      Et votre entendement il n’est pas un peu faible, lui?

  • 14 Septembre 2012 à 21h44

    bea33 dit

    Quand j’ai trop de désespérance (blues en français) j’écoute ou je lis M. Fielkenkraut pour me dire qu’il existe dans les médias des hommes sincères et lucides.

  • 14 Septembre 2012 à 18h06

    Angel dit

    Bonjour,

    je n’etais pas du tout d’accord avec Alain Fielkenkraut sur une des guerres civiles de l’ex-Yougoslavie (entre la minorite serbe et le e gouvernement croate de l’epoque).

    Mais avant cela et apres je pense que c’est un grand penseur. Digne d’un Raymond Aron ou d’un Camus.

    Merci Cyril pour cet entretien et bravo a vous Mr Fielkenkraut.

  • 14 Septembre 2012 à 12h10

    Olyvier dit

    Une coquille :
    … des auteurs renommé(s)… ? (merci d’effacer ce message après correction éventuelle).

  • 14 Septembre 2012 à 11h29

    ReCH77 dit

    Indispensable Finky.

    • 14 Septembre 2012 à 12h21

      Olyvier dit

      Rien que pour “Il y a toujours des « causes » mais, dans la logique de l’excuse, la cause devient le coupable“, on devrait faire rembourser l’abonnement à Causeur par la sécu.

      • 14 Septembre 2012 à 18h45

        Pierre Jolibert dit

        Et rien que pour «Il faut rester obstinément arc-bouté à la tautologie. Le coupable est le coupable.», on devrait faire Finkielkraut chevalier du Saint-Esprit.

  • 14 Septembre 2012 à 11h09

    kravi dit

    Une pensée toujours impeccable, loin des postures des épurateurs germanopratins.

  • 14 Septembre 2012 à 10h54

    kriktus dit

    M. Finkielkraut, quel plaisir de lire une pensée ferme mais mesurée. Vous apportez de la lumière aux zones d’ombre.
    A chaque fois que je vous lis, l’espoir en une humanité qui s’élève me revient.

  • 14 Septembre 2012 à 9h43

    viaval dit

    Toujours enrichissant Alain Finkielkraut, rien à redire.
    Reste cependant la question épineuse de ces écrivains qui endossent les oripeaux de Torquemada et qui trouvent toujours des supports complaisants pour agir avec une malfaisante efficacité.

  • 14 Septembre 2012 à 9h28

    quadpater dit

    A. Finkielkraut est un immense penseur et le prouve une fois de plus.
    Un Lucifer (porteur de lumière) ? Pourquoi pas !

  • 14 Septembre 2012 à 9h21

    Alpin dit

    @L’Ours,

    Bien le bonjour.

    A Finkielkraut:encore merci pour cette superbe argumentation!

  • 14 Septembre 2012 à 9h03

    L'Ours dit

    Voilà pourquoi je n’ai pas réussi à suivre les défenses de Millet parues sur mon “Causeur” préféré.
    Monsieur Finkielkraut a rendu  tout cela lumineux.