Adieu la Camif !
Le bazar du monde enseignant est en faillite. Un monde disparaît.
Publié le 25 octobre 2008 à 7:30 dans Économie
Mots-clés : Économie
La Camif est en cessation de paiement ! Cette nouvelle dramatique n’a pas eu droit à plus d’une brève dans les pages économiques des journaux. Au regard des récentes faillites grandioses, comme celle de Lehman Brothers, la déconfiture d’un établissement de vente par correspondance situé à Niort (Deux-Sèvres) n’est pas de nature à émouvoir Wall Street ou la City.
Ceux pour qui le monde enseignant, dans son épaisseur historique et sociologique, est une sorte de terra incognita ne peuvent imaginer le choc que ressentent tous ceux que le catalogue de la Camif a conduits jadis par la main dans les méandres de la société de consommation. Pendant les trente glorieuses, instituteurs, professeurs des lycées et collèges, ainsi que leurs conjoints, enfants et petits-enfants, se sont habillés, meublés, équipés en biens culturels et sportifs au rythme de l’arrivée, deux fois par an du catalogue Camif dans leurs foyers.
Les ouvriers et paysans avaient celui de la Manufacture d’armes et cycles de Saint-Etienne, dit Manufrance, célèbre pour ses pièges à taupe et ses vaporisateurs à bouillie bordelaise. Aux héritiers des hussards noirs de la République, il fallait un établissement qui leur ressemble et qui les rassemble.
Au début, acheter à la Camif n’était pas donné à tout le monde : fondée en 1947, la centrale d’achat de la mutuelle des instituteurs de France se proposait d’aider les enseignants à reconstituer leur équipement domestique mis à mal par la guerre, l’exode et les bombardements. Pour y avoir accès, il fallait être membre de la MAIF, une mutuelle d’assurances créée en 1934 par un groupe de militants du SNI (syndicat national des instituteurs).
A la différence de ses concurrents, La Redoute ou Les Trois Suisses qui visaient un public plus prolétarien, la Camif misait sur la qualité, le durable. Dans la fonction publique, on ne gagne peut-être pas lourd, mais on est assuré d’avoir un poste pour la vie. L’éphémère, le frivole, le jetable ne sont pas dans la culture de l’instit : une blouse grise devait durer le temps d’une carrière, trente-sept ans et demi, de la sortie de l’Ecole normale au départ en retraite à cinquante-cinq ans. Le matériel de camping, testé par des collègues bénévoles et impitoyables, était conçu pour tenir longtemps, et sur la galerie d’une 4 L, la voiture emblématique des familles de “pédagos” bouffeurs de nationale 7.
Insensiblement, au fil des ans, le catalogue Camif laisse pourtant pénétrer l’air du temps et du dehors sur ses pages de papier glacé. À mesure que la profession se féminise, les pages de modes s’étoffent : on y trouve bientôt des dessous un peu plus affriolants que les modèles Petit Bateau et Damart offerts jusque-là à la concupiscence des mutualistes. Les marqueurs de la modernité s’y invitent : après la Guilde du disque et son électrophone gris souris arrivent les chaînes hi-fi et les magnétophones à bande dont on souligne, bien sûr, l’utilité pédagogique.
Acheter à la Camif permettait de se racheter du péché laïque d’avidité consommatrice et d’hédonisme qui entrait en collision avec l’idéal républicain progressiste et égalitaire affiché dans le syndicalisme enseignant.
Le SNI a disparu, éclaté en boutiques syndicales rivales. La MAIF a tiré son épingle du jeu dans la jungle concurrentielle de l’assurance automobile: elle a même fait de son origine un gimmick publicitaire (assureur militant!). La dégringolade de la Camif a été lente mais inexorable. L’ordonnatrice des désirs marchands du peuple enseignant n’a pas survécu à la dissolution de cette corporation dans l’indifférenciation du salariat mondialisé. Il ne lui fut même pas épargné cette ultime humiliation de se voir renflouée, en 2007, par un fonds d’investissement à capitaux américains. Aujourd’hui, les instits sont devenus des professeur(e)s des écoles et achètent, comme tout le monde, dans les nouveaux temples de la marchandise en ville ou sur le net. Adieu Camif, on t’aimait bien.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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Emilie dit
Ramon, amigo, te perdono !
Et si j’ai pu contribuer à mieux faire comprendre la réalité de la planche savonneuse ( savonnée par toutes les instances du système !) sur laquelle nous glissons et glissons encore ( mais jusqu’où ?), eh bien, je suis contente, tout simplement !
Hasta pronto !
ramon mercader dit
@ émilie
senorita
tu tiennes razon y soy un burro (admirez au passage la possibilité d’élution du “yo” le “je” espagnol ,que jamais,non jamais ,un français ne pourrait consentir ,abdiquer le je?plutot crever! une de mes connaissances débutait la moitié de ses phrases par “moi je” ,personnage redoutablement casse-burnes à l’usage).
enfin quoi qu’il en soit ,vous avez raison et je suis un ane.
ce qui n’enlève rien à la nécéssité (qui ici aussi ,et peut etre plus qu’ailleurs ,fait loi) d’écouter et de réécouter marcel gauchet.
de le lire aussi.
lui et quelques autres.
bien à vous
ramon
Emilie dit
Ramon, Nagual,
C’est bien ce que je vous disais : vous ne comprîtes point que vous prêchassiez une convertie !
Beaucoup d’ enseignants, parce qu’ils sont au charbon, sont les premiers à savoir que l’égalitarisme et le pédagogisme sont des illusions, des tartufferies ! Ils s’en désolent, essaient de faire entendre leurs voix, mais en attendant, ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont . Je suis de ceux qui réclament une sélection, une réforme des collèges plutôt que toujours plus de moyens, parce qu’on en a marre de faire garderie pour des élèves qui ne sont visiblement pas concernés par l’instruction et qui plombent les classes . Ras le bol de l’acharnement pédagogique !
Alors, de grâce, cessez de crier haro sur le baudet, adressez vos doléances aux ministres successifs, car pour les réformes nous ne sommes JAMAIS consultés et les syndicats ne représentent qu’eux-mêmes !
ramon mercader dit
@emilie
ma bonne amie
peu me chaud ce que vous pensez de mon instruction ,de mes antecedents ,mais considerez une chose une seule : depuis bientot 40ans ,le budget de l’éducation augmente régulièrement ,quasi inexorablement alors meme que le nombre d’élèves tend à diminuer et ceci sans amélioration de la qualité du service rendu (et c’est peu dire ! ).
non ,la seule question est contenue dans l’entrevue qu’a accordé marcel gauchet à ali badou sur francecul le 21 oct 2008 ,ou plutot elle apparait en négatif en quelque sorte:peut on encore avoir les memes exigences d’éducation pour tous?comment articuler massification et qualité?que doit on apprendre aux enfants et surtout pour quoi faire?et justement que faire de tous ces enfants?(souvenez vous de de la réplique celèbre du détective dans mortelle randonnée “qui décide ce que deviennent les gosses? qui décides ,toi tu seras père tranquile,toi cosmonaute,toi fils de pute,”)
peut on raisonnablement penser qu’ils soient tous ingénieurs,tous sociologues,tous menteurs professionnels(pardon ,journalistes),tous plombiers,ceci dit ,y a un serieux déficit en plombiers ,savetiers,réparateurs de bagnole,et y a un brutal excedent en surdiplomés sans effets dans leur cursus(difficile mais je me comprend c’est l’essentiel).
on vient me chercher mais ce n’est que partie remise
Nagual dit
Je suis bon pour la clinique. Vous savez, ce lieu dans lequel finissent ces hommes que l’on enferme pour inadaptation avérée, pour péché de non-conformité ou pour défaut de motivation sautériologique.
Emilie dit
Nagual, vous plaisantez ou vous êtes bon pour la clinique ?
Moi, en tout cas, je me moquais de Ramon qui, petitement, se voulait pragmatique et écrivait :
“non ,ce qui me reste en travers c’est votre impossibilité ontologique à considérer le rapport cout/bénéfice (ou qualité/prix si on veut rester anodin ) de cette grosse usine à gaz.”
Alors, Nagual, heureusement qu’en plus, et pour le même prix, j’apprends l’humour à mes élèves !
Vous n’avez pas eu cette chance ! Vous m’en voyez désolée pour vous !
Nagual dit
“C’est démoralisant quand on sait ce que coûte un élève par an : 6000 euros et au bout du compte 0/20 à l’interro !”
Voilà qui explique le degré de dissidence pour laquelle vous avez prétention, une simple allusion comptable pour apprécier tout l’égard que vous faites sur vos élèves – le rapport qualité/pris, le rendement et bientôt la tête de gondole – le pédagogisme a fait bien du mal, que dire de l’économisme ?
Nietzsche s’interrogeait sur ce qu’était un éducateur, vous en faites le dernier des hommes.
Emilie dit
@ Ramon
“à moins que vous vous satisfassiez de sortir des palanquées d’analphabètes tous les ans,à moins que la perte d’appétence pour les disciplines scientifiques ne vous fasset ni chaud ni froid ,auquel cas faut me dire ce que vous fumez,ça pourra m’aider à supporter le quotidien .”
Il est vrai qu’on a du mal à instruire. On a beau expliquer que le subjonctif imparfait se forme sur le passé simple ( il se satisfit, donc : que vous vous satisfissiez ), eh bien rien à faire, ça ne rentre pas ! C’est démoralisant quand on sait ce que coûte un élève par an : 6000 euros et au bout du compte 0/20 à l’interro !
robespierre dit
@employée CAMIF hier • 27.10.08 à 18:50
“….dont Camif Collectivités, elle est là pour servir la “Collectivité”… ”
C’est bien là le problème. La Camif n’a jamais été la pour servir mais pour vendre ….
Dans les années 80, Renault a réussi à faire sa révolution interne. Comment ? Trés simple. Il fallait que tous les salariés comprennent que le métier de Renault n’était pas de fabriquer des voitures MAIS de vendre des voitures. Ca leur a couté trés cher d’arriver à cette révolution culturelle.Mais ils y sont arrivés….
ramon mercader dit
@ employée camif hier
c’est pourtant pas difficile !il faut faire voter une loi pour obliger les gens à acheter au moins un truc à la camif!
pas dur à piger ,bon dieu !
surtout si on refond le catalogue,si on abaisse les tarifs ,si on reduit les delais….
enfin j’en cause ,mais bien que fils de prof ,j’ai jamais vu un catalogue camif à la maison ,trop nullard disait ma mère (pas envie surtout que ses mouflets ressemblent à ceux des autres et du coté de le différence ,bon sang,on a été servis !)
@émilie ,jérome leroy ,luc
on va pas relancer le débat sur l’éduc nat (déjà tout un programme ce nom ” éducation ” lorsque mon arrière grand-pa etait instit dans la campagne aveyronnaise ça se nommait “instruction publique” ,mais je concède qu’un jour ou l’autre faudra nommer ça “dressage national” )
non ,ce qui me reste en travers c’est votre impossibilité ontologique à considérer le rapport cout/bénéfice (ou qualité/prix si on veut rester anodin ) de cette grosse usine à gaz.
la moitié ( non c’est pas des blagues LA MOITIE )du budget de l’état passe là dedans pour un résultat franchement pas terrible.
à moins que vous vous satisfassiez de sortir des palanquées d’analphabètes tous les ans,à moins que la perte d’appétence pour les disciplines scientifiques ne vous fasset ni chaud ni froid ,auquel cas faut me dire ce que vous fumez,ça pourra m’aider à supporter le quotidien .