Depuis la diffusion par l’association L214 d’images difficilement soutenables, tournées en caméra cachée à l’intérieur des abattoirs de la ville d’Alès, je scrute Causeur pour y trouver une réaction à ce sujet. Rien. Ce site, où l’on aborde pourtant tous les problèmes de société sans tabous, n’a pas trouvé utile de réagir. Par indifférence ? Ou en estimant qu’il s’agit d’un fait d’actualité secondaire?

Certes, ce n’est ni la première ni la dernière fois que l’on voit des hommes découper la patte d’un cheval ou d’une vache encore vivants. Mais tout le monde s’indigne (légitimement) devant les exactions de Daech torturant à mort des enfants, alors que ce type de pratiques barbares perdure depuis des millénaires…

Et si la violence infligée aux uns quotidiennement, avec l’assentiment général, autorisait la violence infligée aux autres par à-coup ?

Je n’ai pas eu besoin de regarder les images de L214 jusqu’au bout pour savoir qu’un animal est moins qu’un objet pour la plupart d’entre nous. Sauf qu’on ne s’acharne pas sur un objet, on ne martyrise pas un objet, à moins d’être atteint d’une crise de démence. Tant que nous n’aurons pas réalisé qu’il n’y a qu’une différence de degré- et non de nature – entre l’animal et nous, il en sera ainsi.

Alès n’est pas un accident, Alès c’est la norme dévoilée au grand jour. L’horreur quotidienne qu’on ne veut pas connaître, qu’on ne veut pas voir et qui nous fait ricaner pour ne pas avoir à se pencher sur ce que cette vidéo dit de l’abomination de notre propre nature.
La souffrance physique, la terreur, la peur de mourir, la dépression, mais aussi l’amitié, la joie, la jalousie, la convoitise, nous éprouvons tout cela. Les animaux l’éprouvent aussi. À un degré différent. Tous ceux qui les côtoient dans la bienveillance le savent. Bien qu’elles finissent dans notre assiette, vaches et poules n’échappent pas à la règle…

Certains prétendent qu’il faut d’abord s’intéresser au sort des humains, à l’exclusion de tout le reste. Mais comment régler la violence de l’humanité sans nous pencher sur la souffrance imposée au monde animal ? Au fond, il ne s’agit pas seulement d’animaux, mais de notre propre comportement, du respect que nous devrions avoir pour nous-mêmes. Si nous décidions de ne plus admettre la moindre violence à l’encontre du monde animal, celle que l’on s’inflige entre humains pourrait s’amenuiser, voire disparaître. Depuis les philosophes de l’Antiquité grecque, et sans doute avant eux, des gens se sont posé la question, à toutes les époques. Si l’on apprenait à respecter intégralement l’animal cela n’instaurerait il pas, peu à peu, une barrière morale infranchissable pour la violence ? Comme pour l’inceste, comme pour la zoophilie. Sauf pour les esprits désaxés pour qui rien n’est infranchissable.

Lorsqu’on en prend conscience, on se rend compte que nous vivons sur un océan de souffrance animale. À chaque seconde, ils sont des milliards à souffrir, à mourir dans des conditions souvent atroces. Pour nous nourrir, nous vêtir, pour la médecine, pour tester et re-tester nos maquillages, tester et re-tester nos lessives, pour ajouter un col de fourrure à une parka qu’on jettera l’an prochain, pour une fanfreluche au bout d’un porte-clef…

Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de devenir tous végétariens, mais de respecter cet autre monde de vivants. Les animaux d’élevage sont sous notre responsabilité. Ils doivent pouvoir vivre leur vie d’animal, voir le soleil, vivre avec leurs congénères dans assez d’espace. Puis mourir le plus vite et le plus proprement possible. Ce ne sont pas des objets de consommation.

Nous n’arrêtons pas de parler de valeurs morales, mais où est la morale dans notre société d’exploitation généralisée? Jean-Luc Mélenchon, pour qui je ne vote pas, a dit récemment en s’opposant à l’agriculture industrielle et à la ferme des Milles Vaches : « …à la fin on finit par prendre l’habitude de traiter les êtres humains comme on traite les animaux, c’est à dire comme des purs objets à produire. La révolte d’un humaniste doit être globale… ». C’est une des seules paroles sensées que j’ai entendue ces derniers temps.

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