À visage découvert | Causeur

À visage découvert

Burqa : l’Etat de droit, aimez-le ou quittez-le !

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 19 juin 2009 / Médias Société

“Peut-on empêcher la femme musulmane d’affirmer son identité ?” Je ne sais plus quel journaliste de radio a lancé avec cette phrase le sujet sur la burqa (ou j’ai préféré l’oublier), mais évidemment, la réponse était contenue dans la question. Et c’était non, bien sûr : on ne saurait, sous peine d’être taxé de ringardisme ou de racisme, empêcher qui que ce soit de se livrer à quelque exhibition identitaire que ce soit – même quand cette exhibition consiste à se cacher des regards du reste du monde. Les identités c’est sacré, proclament chaque jour les médias et les grandes consciences. Imposer des limites à certaines d’entre elles serait de surcroît atrocement discriminatoire.

En réalité, on peut et on doit empêcher la femme musulmane d’affirmer son identité quand cette affirmation heurte la décence commune, c’est-à-dire la culture commune. On trouverait, j’imagine, assez légitime, d’empêcher une femme à qui son identité imposerait d’être promenée en laisse de laisser libre cours à ses pulsions identitaires dans la rue. Je ne vois pas de raison d’être plus tolérante avec celles qui s’affirment en se cachant. Que certains et certaines s’épanouissent dans la servitude ne nous oblige en rien à leur donner droit de cité dans la Cité.

C’est mon choix, nous disent-elles, ces femmes sans visage, à l’image de cette titulaire d’un mastère qui expliquait sur France Info que sous son niqab (terme qui vient de faire son entrée dans notre vocabulaire), elle se sentait pleinement “épanouie”. Au passage, elle confiait qu’en-dessous, elle était habillée en jean’s et t-shirt. “Et pourquoi pas à poil, ça devient érotique”, me souffle un copain. Je m’égare.

D’abord, ne soyons pas naïfs : les femmes voilées de pied en cap sont rarement autorisées à causer dans un micro, puisque l’objectif de leur armure vestimentaire est précisément de leur interdire tout contact avec le monde extérieur, celui-ci commençant à la lisière de la famille nucléaire, et encore, après un certain âge, il n’est pas certain que les garçons aient le droit de voir leur mère en jean’s. Elles sont plus souvent analphabètes que diplômées de l’enseignement supérieur. Celle qui répond aux journalistes est donc, par le simple fait qu’elle répond, une exception. Et quand bien même toutes seraient dans ce cas, je m’en fiche complètement, que les femmes-fantômes soient consentantes et épanouies. Moi, je ne suis pas consentante.

Le défilé des bonnes âmes a promptement commencé. Soyons honnête, personne ne défend le port de la burqa. La seule chose sur laquelle on se dispute, c’est sur la meilleure façon de la faire disparaître. Face aux partisans de la schlague législative (dont je suis au cas où vous ne l’auriez pas compris), les fanatiques du compromis, les angoissés du “remède pire que le mal”, les mous du genou qui jurent que “l’interdiction est toujours la plus mauvaise des solutions” sont donc sortis du bois. Eric Besson aimerait qu’on parle d’autre chose. Pour Cécile Duflot, qui parait-il, exerce des fonctions dirigeantes chez les Verts, le principal danger n’est pas l’islamisation mais la “stigmatisation”. On n’en attendait pas moins. Quant à Martine Aubry, elle s’est surpassée, en demandant sur RMC et BFM TV qu’on s’occupe un peu moins de burqa et un peu plus d’insertion. Donnons-leur des emplois et des subventions, et tout changera. Heureusement que la Première secrétaire a ajouté qu’il fallait éviter les solutions “simplistes”. Pour la maire de Lille, une loi interdisant le voile intégral n’empêchera pas les femmes de continuer à le porter mais “elles resteront chez elles, on ne les verra plus”. J’en suis sincèrement désolée pour ces dames, dont beaucoup subissent cet enfermement sans même savoir qu’elles pourraient se révolter, mais justement, “ne plus les voir”, c’est exactement ce que nous voulons. Aussi cruel que cela puisse sembler, l’interdiction de la burqa n’a pas pour objectif essentiel de sauver celles qui en sont prisonnières mais de nous épargner à tous cet atterrant spectacle.

Personne n’est obligé de vivre en Occident. Mais en Occident, on accepte le regard des autres.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 23 Juin 2009 à 21h24

      nadia comaneci dit

      Lev
      Limba romana este vorbita probabil de multi oameni in lume, mai multi decat ne imaginam, asta pentru ca este limba cea mai frumoasa, muzicala si poetica…

      Pour rahat, j’ai une traduction un brin plus véhémente que vétille !!

    • 23 Juin 2009 à 21h12

      Serge ULESKI dit

      Mon propos ne concerne pas les commentaires mais bien ceux qui rédigent les articles qui sont proposés en lecture : à chaque fois, c’est l’analyse qui passe à la trappe.

      Reste … des sautes d’humeur relayées avec acquiescement ou hostilité par ceux qui déposent des commentaires.

      Aucune volonté journalistique ; aucune approche riche ; rien qui ne ressemble à une évaluation et un examen de la réalité un tant soit peu ambivalente.

    • 23 Juin 2009 à 20h50

      Gilbert dit

      Je veux bien admettre l’argument qui dénie à ces jeunes filles se couvrant le visage un choix véritable.
      À condition qu’on admette que les pauvres filles qui subissent la dictature de la mode, qui se privent pour ressembler aux filles des magazines (allant jusqu’à l’anorexie) n’ont pas plus le choix.
      Sinon, force est de constater que ce n’est pas de laïcité qu’il est question, mais bel et bien d’islamophobie, voire de racisme.

      Il me semble bien que les beaux esprits comme Élisabeth Lévy dénoncent plus particulièrement certains enfermements que d’autres.

    • 23 Juin 2009 à 20h12

      Patrick Mandon dit

      Serge ULESKI, connaissez-vous bien ce site ? Parlez-vous de Causeur ? Avez-vous vu les combats sanglants qui s’y déroulent ? Mesurez-vous l’intensité numérique des affrontements qui l’ont pour cadre ? C’est un marché d’intelligence où l’on apporte ce que l’on a et, quand on ne possède rien d’intelligible, on s’y Insulte, on s’y menace, on s’y défenestre… Et encore, grâce à l’aimable modératrice qui tempère nos ardeurs, nous échappons au pire !
      Non, vraiment, vous ne connaissez pas Causeur ! Plus salon que saloon, certes, mais les esprits brillants y trouvent un aliment copieux. Petits estomacs, s’abstenir.

    • 23 Juin 2009 à 19h57

      Michel Michemiche dit

      Chère Elisabeth.
      En tant qu’occidental bien comme il faut, je suis d’accord avec vous : nul ne doit avoir le droit de cacher quoique ce soit à notre regard sous des prétextes religieux obscurantistes.
      J’imagine donc que vous vous associez pleinement à moi, qui réclame non seulement l’interdiction des hidjab, niqab, burqa et autres fichus et torchons islamiques, mais aussi du port de ces moumoutes ridicules par les femmes juives de tendance hassidique.
      En effet, ces femmes n’ont aucun droit de soustraire à notre regard d’occidentaux progressistes leur chevelure naturelle, ou plutôt leur crane rasé de frais si je ne m’abuse. Personnellement, des “mamies skinheads”, ça me plait bien.
      Auriez-vous donc l’obligeance de rajouter en pot-scriptum quelques lignes pour prendre parti contre ces dernières ?
      Ce geste oecuménique prouvera votre impartialité totale dans le combat libertaire et anti-obscurantiste qui est le vôtre.
      Bien à vous.

    • 23 Juin 2009 à 19h47

      Serge ULESKI dit

      « À visage découvert »

      « Est-ce ainsi que les femmes vivent ? »

      « Lâchez-leur la burqa »

      En veux-tu, en voilà de l’anti-burqa !

      Le café du commerce bat son plein.

      A aucun moment la rédaction de ce site ne pose les trois questions qui importent vraiment et qui feraient de vous tous des journalistes à part entière : où et qui sont ces filles ou ces femmes qui portent la burqa ? Pourquoi la portent-t-elles ? Combien sont-elles à la porter ?

      Tragique votre parti-pris ! Désolante votre incapacité à envisager une autre réalité que la vôtre ! Affligeante, votre propension, toujours renouvelée, à prendre les effets pour les causes, comme pour mieux ne jamais interroger ces dernières…

      Dans les faits, je vous soupçonne de n’avoir aucune espèce de considération pour tout ceux qui, de près ou de loin, ne vous ressemblent pas : la réalité ne vous intéresse pas ; seul votre propre reflet socio-ethno-culturel dans le miroir de vos articles et des éloges qu’ils recueillent de la part de lecteurs tout aussi verrouillés à double tour que votre rédaction, importent à vos yeux.

      Quel que soit le sujet traité, l’on retrouve systématiquement la même fermeture, la même étroitesse d’esprit.

      Votre rédaction finira poisson rouge à tourner en rond dans son bocal !

      Quant à vos lecteurs… les plus fervents, ceux qui ne tarissent jamais déloges à propos de vos articles… vraiment ! On serait tentés de craindre le pire à leur sujet.

      Alors… vite !

      Courage ! Fuyons !

    • 23 Juin 2009 à 19h34

      Marianne dit

      @Ludovic

      Je veux bien débattre avec vous de la façon de combattre l’islamisme, le néo et le post fondamentalisme mais je préfère que cela se fasse sur une base de respect mutuel et que vous ne confondiez pas dans votre ire ma modeste personne et la figure emblématique qui l’inspire.
      Si vous n’en éprouvez pas à mon égard, sur la base de mes contributions à ce forum, il y a sans doute mieux à faire pour vous comme pour moi.

      @ Patrick

      Merci, preux chevalier, pour votre soutien.

    • 23 Juin 2009 à 19h07

      Patrick Mandon dit

      Ce qui permet de distinguer les «créatures flaubertiennes» c’est, d’une part, qu’elles ne comprennent pas ce qu’écrit Marianne, et, d’autre part, qu’elles émettent des «opinions profondes».
      -Bouvard, vous connaissez mon opinion ?
      -Si je la connais, mon cher Pécuchet ? Mais elle est mienne !
      -Bouvard !
      -Oui, Pécuchet ?
      -Que diriez-vous, en général, de mes opinions ?
      -Je n’en dirais que du bien.
      -Mais encore ?
      -Je dirais que je les approuve.
      -Cela me plaît, mon ami.
      -C’est que je n’ai pas fini de qualifier vos opinions !
      -Ah non ? Et qu’en diriez-vous de plus ?
      -Vous voyez ce puits, M. Pécuchet ?
      -Ah, je ne vois que lui !
      -Jetez une pierre jusqu’à son eau.
      Pécuchet s’exécute et se penche.
      -Je n’ai entendu qu’un «plouf» étouffé, lointain. C’est qu’il est profond !
      -Eh bien mon cher, vos pensées sont comme ce puits : profondes.
      -Ah, mon ami, dans mes bras !

    • 23 Juin 2009 à 18h12

      Ludovic Lefebvre dit

      Voila qu’un royaliste a suscité l’imagination de Marianne, elle est chouette la vie.

      Vous êtes contre l’islam néo-salafiste(???) donc pour l’ancien salafisme(???), le sunnisme et le chiisme, chère amie ?

      Et bien, à part le plaisir de contempler votre sein nu sur un célèbre tableau, vous ne servez donc plus à rien, ce qui est d’ailleurs mon opinion profonde.