Vous souvenez-vous des manifestations contre la famille royale de Bahreïn place de la Perle à Manama ? Si vous avez tout oublié, ne culpabilisez pas trop vite : vous n’êtes pas les seuls !

Moins de trois mois après l’écrasement du début de contestation bahreïni par les troupes du Conseil de Coopération du Golfe, selon la formule consacrée, l’ordre règne à Manama. Avec l’appui des Etats-Unis et de l’Arabie Saoudite, la dynastie Al-Khalifa a généreusement amorcé un « dialogue de consensus national » devant déboucher sur des réformes politiques. L’initiative, pilotée par un comité Théodule maison, est solidement soutenue par la Maison Blanche, la numéro deux du département d’Etat ayant même récemment déclaré qu’elle ne lâcherait son allié bahreïni « sous aucun prétexte » !

Comme Saint Thomas, la puissante famille régnante sunnite ne croit que ce qu’elle voit. A Manama, où on a des idées ET du pétrole, on a donc rasé la place de la Perle. Et hop, évaporée l’opposition !

Salah Ali, président d’une délégation parlementaire bahrëinie en visite aux Etats-Unis, se paie même le luxe d’une leçon de démocratie. Affirmant qu’en matière de liberté, son pays est l’un des plus avancés du Golfe persique, il profite de la mansuétude des Etats-Unis, peu regardants sur la situation politique locale. Il faut dire que les fréquentes ingérences iraniennes au Bahreïn, pays majoritairement chiite gouverné par des sunnites, appuient l’éloge américain du statu quo.

Concernant Manama, la prose xyloglossique des Américains rappelle les plus belles heures du règne de Ben Ali et de Moubarak, à l’époque pas si lointaine où l’on nous expliquait que c’était le despotisme ou le chaos, la stabilité ou la dérive islamiste, la croissance ou la chienlit.

Bref, selon que vous soyez un président vieillissant ou un émir fringant menacé par Téhéran, Washington vous rendra blanc ou noir.

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Daoud Boughezala
est directeur adjoint de la rédaction et rédacteur en chef de Causeur.
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