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À Florange, les hauts-fourneaux rêvent de l’Après-Mittal

La nationalisation ? Et pourquoi pas l’autogestion

Publié le 30 novembre 2012 à 14:30 dans Économie

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florance mittal arcelor montebourg

Après une remontée de « démondialisationite », qui fit dire à Boris Johnson, le maire de Londres, que les sans-culottes étaient au pouvoir en France, Arnaud le redresseur brandit la menace d’une nationalisation temporaire du site Arcelor Mittal de Florange. Le site étant inscrit au greffe du tribunal de commerce de Nancy, l’Etat peut en prendre le contrôle sans le consentement de son propriétaire, moyennant une indemnisation, dont on ignore le montant exact mais qui pourrait se situer aux alentours de 400 millions d’euros.

La pratique n’est évidemment pas nouvelle ni spécifiquement française, l’on se souvient qu’ Obama intervint pour sauver General Motors, que Sarkozy (rappelez-vous, c’était lui le président, avant) se glorifiait d’avoir sorti Alstom de la mouise et que le Land de Sarre, par exemple, fit de même pour quelques aciéries. Même si les mécanismes diffèrent dans la forme, les principes sont équivalents : le détail important étant dans l’adjonction de l’adjectif temporaire, censé calmer les ardeurs des libéraux fanatiques et rassurer les marchés fébriles, surtout en période de crise…

Crise il y a depuis un certain temps dans ce qu’il reste de la sidérurgie française et je vous en ai déjà longuement parlé sur tous les tons, crise il y a également dans la maison Mittal endettée à hauteur de 23,2 milliards de dollars (pour un chiffre d’affaires annuel de 94 milliards) et dont les pertes au troisième trimestre 2012 s’élèvent à 709 millions de dollars. Deux agences de notation ont d’ailleurs qualifié les titres de la dette Mittal de spéculatifs, c’est à dire très risqués… Pas étonnant que le gaillard dégraisse là où ça rapporte le moins, la demande mondiale d’acier ayant baissé ces dernières années et la concurrence étant , comme partout ailleurs, plutôt rude, notamment entre les grands groupes indiens (Tata, Mittal) et russes (Severstal)…

La nationalisation, ou prise de contrôle par l’Etat, même temporaire, a de quoi satisfaire un certain nombre d’acteurs, tant à droite qu’à gauche. Sur le principe, on peut discuter de la régularité d’évincer un acteur par la force pour installer un de ses concurrents. Les syndicalistes me semblent (quoique les cadres restent méfiants et ils ont raison de ne pas avoir la mémoire courte, les années Mauroy n’ayant pas laissé un souvenir très joyeux) s’en réjouir un peu trop vite.
À Florange comme ailleurs, l’on espère encore mais en grattant un peu, force est de constater que peu y croient vraiment, seule la paie compte : peu importe d’où elle vient, travail et chômage finissent par être inséparables, surtout parce qu’aucune des promesses de Mittal n’a été tenue. Lors de la fermeture de Gandrange (2009, lieu de mémoire sarkozyen), il fut promis en contrepartie de rénover les fameux hauts fourneaux de Patural (Hayange) en 2013-2015, ceux-là mêmes qui sont aujourd’hui à l’arrêt. Il faut préciser qu’il y avait toutefois une condition : que la conjoncture soit favorable. Depuis, évidemment, le réel est revenu par la fenêtre…

La menace montebourgeoise, s’accompagne d’une litanie somme tout légitime sur les agissements des « patrons-voyous », s’y ajoute un contentieux fiscal entre l’Etat et l’industriel, que ce dernier, excellent patron ayant installé son siège à Luxembourg pour être au plus près de ses employés bien-aimés, nie vigoureusement. Évitons les métaphores culturellement connotées (un journaliste a même utilisé l’image du tandoori), pour nous concentrer sur les propos de ceux qui savent : tiens, mon buraliste hier au soir commentant la une du Répu (c’est ainsi que les lorrains abrègent le nom de leur quotidien régional, non sans arrières pensées) « mort de rire, Mittal a marié sa fille l’année dernière : 15 millions d’euros (chiffre à vérifier) en petits fours, sa maison à Londres vaut 150 millions, il s’en tape de Florange ! » Si vous ne croyez pas votre buraliste, arrêtez immédiatement de fumer.

Mais l’Histoire semble s’accélérer, le gouvernement veut absolument montrer aux travailleurs du fer, en guise de cadeau de Noël sans doute, qu’il se préoccupe avant tout d’eux ; ne pas s’éloigner trop vite des militants et responsables de terrain (je ne parle pas du « peuple » ce ramassis dégoutant de réactionnaires) : certains, comme Michel Liebgott député-maire de Fameck, restent fidèles à leurs convictions et à leur enracinement contrairement à des ambitieux originaires des mêmes contrées (Aurélie Filipetti, ministre en exercice), mais le PS a à cœur, et c’est de bonne guerre, de montrer une certaine unité dans le paraître…

Aux dernières nouvelles, disais-je, l’Arnaud (il est de coutume chez nous de mettre un article devant le prénom) annonçait fièrement qu’il a un repreneur-mystère, prêt à investir 400 millions d’euros, sa fortune personnelle, pour les beaux yeux de la vierge de Hayange, et ça n’est pas un « financier », et paf le gros mot est lâché comme un vent nauséabond à la face de l’Histoire, la démondialisation le démange l’Arnaud et, comme disait Enver Hoxha : « il faut gratter où ça démange » (apocryphe), à moins que ce ne fut Kim Il Sung… Bref la mariée est trop belle. Résumons, si je comprends bien le tour de passe-passe : l’investisseur, éventuel repreneur qui aime tellement la tôle qu’il en rêve jour et nuit et qui ne sait pas quoi faire de son argent (400 millions, une paille !) met ses 400 briques dans le pot, l’Etat qui a acheté de force l’usine au méchant Indien, en met 420, histoire de rester majoritaire, des fois que… Argent qu’il a trouvé en cédant 1% de GDF-Suez.

Posons une question idiote : si le fameux idéaliste retire ses billes parce qu’après tout il préfère le chocolat ou acheter une île des Caraïbes, que se passera-t-il ? L’Etat se retrouvera avec 2600 sidérurgistes mécontents sur les bras et une usine encore fumante, pas facile à gérer, il en sait quelque chose l’Etat. Autrement dit pour en sauver 600, risquer d’en perdre 2500 ? Autre hypothèse farfelue : l’humaniste secourable est le très attendu Mordachov (Severstal), c’est à dire un oligarque russe pur jus de Poutine, quelle différence avec l’affreux Mittal vous demandez-vous ? Franchement je ne vois pas, la coupe de cheveux peut-être ou les habitudes alimentaires…

La machine en tout cas est lancée, ultimatum, volonté affichée, pression des principaux intéressés qui croient encore au Père Noël, timide chantage de l’industriel qui agite ses vingt mille protégés, enfumage, quasi-unanimité des acteurs visibles, à part le MEDEF, et j’en passe. Le dénouement est sans aucun doute proche, on attend les fumées. Pourtant nous ne serions pas loin de la vraie bonne solution, avec de l’audace et des morceaux de socialisme dedans : reprendre la baraque et confier la gestion du site aux salariés ; et s’ils se cassent la figure, ils seront les seuls responsables… Tant qu’à brasser des chimères riantes (comme la vallée de la Fensch ma chérie), allons-y gaiement !

*Photo : François Hollande.

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  • 7 Décembre 2012 à 19h50

    Marie dit

    suite
    “La politique française se gargarise de mots et pratique la gesticulation, elle est ouvertement théâtrale et à nos yeux finalement assez ridicule.”. N’en jetez plus ! La tragédie Florange, acte combien, scène combien, déjà ?

  • 7 Décembre 2012 à 19h36

    Marie dit

    Vu de Suède. LOL.
    “L’industrie sidérurgique européenne est dans une profonde récession, et depuis 2006, la demande a chuté de 25 pour cent, ce qui nécessite des ajustements de capacité. Arcelor veut fermer deux installations de fusion non rentables français avec plus de 600 employés. Au total le groupe sidérurgique indien emploie 20.000 personnes en France et pas moins de 200.000 dans le monde entier.

    Le gouvernement français estime que Mittal a précédemment promis de ne pas réduire l’emploi dans ses usines françaises et si cette prétendue promesse n’est pas remplie, on s’approcherait de la nationalisation. Il convient de rappeler que nous ne sommes pas au pays du président Hugo Chavez au Venezuela, mais en Europe continentale.” http://www.realtid.se/ArticlePages/201211/29/20121129151714_Realtid820/20121129151714_Realtid820.dbp.asp

  • 6 Décembre 2012 à 22h54

    LEXXIS dit

    FUMEES LORRAINES 
     
    “Le dénouement est sans aucun doute proche, on attend les fumées”.

    Vous ne croyiez sans  doute pas si bien dire, car en matière d’enfumage, on a rarement  fait mieux. On croyait que c’était la fumée blanche du concave, en réalité elle avait une drôle de couleur, cette fumée,  une sorte de rose lavasse et qui piquait les yeux et ravageait les poumons.

    Mais le pire, c’est quand a ouvert les portes, il ne restait qu’un indien debout, presque souriant.  Tous les autres,au teint clair, sans doute moins habitués à la fumée,  ils allaient hébétés,  comme intoxiqués, le regard hagard, le pas mal assuré et en répétant sans fin “on s’est fait avoir”. Et la fumée restait encore si dense qu’on n’arrivait pas tout à fait à distinguer la silhouette chancelante de  ”Moi, Président,je”, qui consolait ses troupes.

    Ah, quelle journée, vous dis-je, mais en matière de haut-fourneau, on sait bien depuis longtemps qu’ il n’y a jamais de feu sans fumée…

  • 3 Décembre 2012 à 18h41

    mifou dit

    Très bien,
    mais dites-moi les Français,si vous êtes tellement pour la nationalisation de l’affaire, pourquoi donc n’y avez-vous pas investi lorsqu’elle était en vente.
    Mon Dieu j’oubliais ,vous ce qui vous branche c’est l’assurance vie.
    Pas de risque peu de profit aussi mais surtout pas de risque.
    Et pourtant à l’époque 15 milliards d’euros probablement auraient suffit.pris sur les 1400 que vous avez dans l’assurance vie c’était une broutille.
    Vous seriez donc propriétaires d’Arcelor et prendriez vos(grosses )pertes sans moufter,n’est-il pas?
    Patriotes et solidaires.
    Parceque voyez-vous l’assurance vie c’est du protectionisme déguisé (à peine)en fiscalement aventageant les souscripteurs l’état les retiens d’aller voir ailleurs.et avec la complicité des banques il fait ce que bon lui semble de cet argent acheter des emprunts Grecs.
    Tant qu’on n’ouvre pas la boite tout va bien,on garde la surprise pour plus tard,souhaitons qu’elle ne soit pas trop mauvaise et douloureuse.

  • 1 Décembre 2012 à 11h00

    Théodore Plouf dit

    Desinit in piscem !

    • 1 Décembre 2012 à 15h19

      ylx dit

      …et aussi “le poisson pourrit par la tête”

  • 30 Novembre 2012 à 20h21

    Théodore Plouf dit

    juste pour info , info brut sans à priori .
    ArcelorMittal est un groupe sidérurgique mondial, avec 260 000 employés dans plus de 60 pays.
    Arcelor est né de la fusion en 2002 d’Aceralia (Espagne), Arbed (Belgique-Luxembourg) et Usinor (France). .
    En 2003, son chiffre d’affaires annuel s’élève à 25,9 milliards d’euros, pour un résultat net de 257 millions.
    Le groupe employait environ 98 000 personnes dans 60 pays.
    ArcelorMittal a comme objectif de développer sa position sur les marchés chinois et indien, caractérisés par un fort taux de croissance.( comme ma boîte )
    ArcelorMittal ayant décidé de prolonger l’arrêt des deux hauts fourneaux jusqu’à la fin de l’année en raison de la faible demande d’acier.

  • 30 Novembre 2012 à 18h00

    ylx dit

    Nous savons tous ici qu’un jour ou l’autre les idéologies et les démagogies viennent se fracasser sur le mur des réalités. Chaque jour depuis le 6 Mai les génies qui dirigent la France se cognent le pif sur ce mur. Ca doit commencer à leur faire mal ?
    Aucun investisseur sérieux ne mettra de l’argent dans Florange, sauf éventuellement un oligarque russe poussé par Poutine qui rêve de pouvoir investir en France quelques unes de ses économies.
    Nos dirigeants qui ignorent tout de l’économie et de la gestion doivent penser -encouragés par les syndicats – qu’un haut-fourneau c’est facile à faire marcher. Peut-être mais je vois mal à qui et comment ils vendraient la production de leur haut-fourneau. A moins que M. Montebourg enfile sa marinière pour aller tirer les sonnettes des acheteurs d’acier ?

  • 30 Novembre 2012 à 17h24

    L'Ours dit

    A. Briens,
    vous ratatinez ce que j’avais avancé dans un autre fil.
    Vos arguments sont excellents.
    Juste une question mais tout petite car je ne connais pas les réels mises de fond de Mittal par rapport à celles de l’Etat.
    Même si c’est peu évident, voire surréaliste, un investissement à la AC Milan avec jean-Pierre Papin, souvent laissé sur le banc mais acheté (disait-on) pour que les autres clubs ne puissent travailler avec lui, est-il envisageable?
    SI j’avais les vrais chiffres des investissements respectifs, la réponse serait plus facile. 

  • 30 Novembre 2012 à 17h21

    denis57 dit

    Autre conte de fée , l’usine de Florange produisant 2,5 millions de tonnes d’acier par an arrivera à être compétitive face aux usines chinoises 680 millions de tonnes par an

  • 30 Novembre 2012 à 16h53

    ylx dit

    Merci A. Briens.Vous nous donnez du lourd, du très lourd.
    Il faut venir sur Causeur pour entendre ces vérités.

  • 30 Novembre 2012 à 16h08

    Alain Briens dit

    D’abord, une limpide certitude : Lakshmi Mittal s’est endetté jusqu’à l’os en 2007 pour racheter Arcelor, dans le seul but de faire de la casse sociale en Lorraine et en Belgique. C’est bien connu, quand un investisseur débourse de l’argent en s’endettant pour racheter un site industriel, c’est à seule fin de satisfaire ses pulsions névrotiques anti-sociales.
    Ensuite une évidence qui n’échappera à personne : si cet imbécile de Mittal est incapable de rentabiliser le site de Florange, Arnaud Montebourg, lui, a la solution. Montebourg est la personnalité idoine pour donner à Mittal des leçons de stratégie industrielle. Contrairement à Montebourg, Lakshmi Mittal ne connait rien à l’acier.
    Continuons avec les contes de fées : l’Europe en général, mais surtout la France en particulier, consomme de moins en moins d’acier : industrie automobile en déconfiture, construction de logements neufs dans le marasme, grands projets d’infrastructure annulés (LGV Marseille-Nice), ou compromis (aéroport de Notre-Dame), investissements industriels en berne, électroménager aux abonnés absents…mais tout cela, bien sûr n’a aucun retentissement sur la demande d’acier. Seule la mauvaise volonté de Mittal et son tropisme lorrainophobe l’empêchent d’écouler l’acier de Florange que le monde entier ne demande qu’à s’arracher.
    Restons dans le rêve : l’excédent de capacité de production d’acier, d’environ 30% en Europe, n’est en rien dissuasif pour le rachat de Florange. D’ailleurs ce site a tous les atouts : construit à cet emplacement pour exploiter la minette et le charbon lorrain, il bénéficie, depuis la fermeture des mines de minerai de proximité brésilien et australien plus compétitif que les anciennes sources locales tandis que son éloignement de la mer permet d’éviter les problèmes de corrosion sur ses installations industrielles.
    On conçoit qu’avec de tels atouts, ils soit très alléchant pour un investisseur de débourser 800 millions d’euros pour reprendre le site et le moderniser. Si l’Europe est incapable d’en absorber la production, il sera facile de vendre les tôles en Inde ou en Chine où les producteurs locaux tremblent déjà à la perspective de voir ce formidable outil managé par ce non moins formidable Arnaud Montebourg venir les concurrencer durement.
    Non vraiment, cette perspective de nationalisation enchante et nous fait même rajeunir : c’est un mélange de Crédit Lyonnais et de Chapelle d’Arblay, de GIAT industrie et de Charbonnages de France, d’Honeywell-Bull et de Dexia, bref une de ces bonnes affaires où l’on regrette de ne pas avoir soi-même quelques centaines de millions pour pouvoir s’y associer, sous le haut patronage de l’état français dont les preuves en matière de management ne sont plus à faire.
    Consolation : en tant que contribuables, nous serons de toute façon amener à participer à cette aventure. Un des reproches les plus justifiés que l’on fait à Monsieur Mittal est de produire de l’acier, non pas pour la beauté du geste, mais pour gagner de l’argent le salaud ! Gageons que le même reproche ne pourra pas être adressé à Monsieur Montebourg…

    • 30 Novembre 2012 à 16h29

      Alain Briens dit

      …de toute façon amenés…

  • 30 Novembre 2012 à 15h41

    JeanBart dit

    “Quelle différence avec l’affreux Mittal vous demandez-vous ? ” Facile, Mittal a commencé en Inde, où la corruption et la connivence avec le pouvoir sont sensiblement moins importantes qu’en Russie, où l’Etat est omniprésent.

    • 30 Novembre 2012 à 16h18

      Alain Briens dit

      Erreur, commise également par M. Kessler : Lakshmi Mittal n’a pas commencé en Inde. Héritier présomptif d’une petite aciérie électrique indienne, il a préféré s’affranchir de la tutelle familiale pour investir dans Ispat, une aciérie indonésienne, avant de poursuivre ses acquisitions à Trinidad, au Mexique, au Kazakhstan, en Roumanie…partout sauf en Inde. Aujourd’hui, le groupe Mittal Steel n’a toujours aucune usine en Inde. D’ailleurs, contrairement à ce qu’indique Michel Kessler, Mittal Steel n’a rien d’un groupe indien mais hollandais, enregistré au RC de Rotterdam, avec son principal centre de décision à Londres et son plus important siège social au Luxembourg.