La casse du siècle

256 000 emplois détruits en 2009. Il ne serait pas là, le problème ?

Publié le 11 août 2010 à 10:02 dans Économie

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Bon, je sais que tout le monde est très occupé, cet été, avec la guerre civile.
Je voulais juste signaler au passage que la France a vu en 2009 la destruction de près de 256 000 emplois. C’est vrai, ce n’est pas très important quand on sait qu’Hannibal est à nos portes et que des feux nourris éclatent chaque nuit aux quatre coins du pays à cause de voyous bientôt apatrides, sauf les brigands qui pourront exciper d’au moins trois générations d’honnête truanderie, si j’ai bien compris le raisonnement présidentiel. Mais tout de même, 256 000, c’est tout de même beaucoup, non ?

La population d’une grande ville

Bon, on sait, ça ne veut pas dire 256 000 chômeurs de plus mais le chiffre a quelque chose d’inquiétant, je trouve. 256 000, tiens, c’est à peu près la population d’une grande ville. Une grande ville comme Grenoble, par exemple. Avant, Grenoble était célèbre pour son gratin, ses noix, ses jeux olympiques d’hiver et accessoirement pour avoir vu naître Stendhal. Maintenant, elle est entrée dans l’histoire pour ses braquages de casino, ses snipers suburbains qui mettent en danger la République, et ses discours sécuritaires qui inventent une nouvelle conception de la nationalité et ses brillantes opérations de police qui ont eu pour premier résultat l’arrestation de quatre braqueurs ou complices présumés à la Villeneuve, tous relâchés. On imagine qu’il en ira de même pour les arrestations télévisées de mardi matin …
Ah j’oubliais, la police grenobloise a aussi arrêté et gardé à vue trois jeunes communistes qui collaient des caricatures de Sarkozy. Sarkozy veut bien qu’on caricature le Prophète au nom de la liberté d’expression comme il le déclara au moment du procès intenté à Charlie Hebdo mais il ne veut pas qu’on le caricature lui. Sans doute parce qu’il sait que nul n’est prophète en son pays et que 2012 approche ou alors parce qu’il estime qu’en matière de caricatures, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Je tiens tout de même à féliciter la police grenobloise : parvenir à trouver trois jeunes communistes d’un seul coup en plein cœur de l’été est un véritable exploit qui me réchauffe le cœur et me rend confiance en la vitalité du PCF. Et puis, c’est un double exploit, parce que la police grenobloise, malgré son nouveau préfet que l’on nous a présenté comme l’inspecteur Harry de l’Isère, en plus pêchu, eh bien figurez vous qu’elle n’a pas le droit à un poste en plus, comme nous l’apprend Europe 1 (qui n’est pas spécialement une radio d’opposition) et même va perdre 21 policiers de terrain d’ici la fin de l’année. Comme quoi, le cœur sécuritaire a ses raisons que la raison budgétaire ne connaît pas.

Dis, c’est quoi l’industrie ?

Les 21 policiers grenoblois ne sont évidemment pas comptabilisés dans les 256 000 destructions d’emploi de 2009. Pas plus que les profs ou les fonctionnaires – si on devait en plus compter ceux-là (en gros 120 000 d’ici la fin du quinquennat), on arriverait facile à deux fois la population de Grenoble. Les 256 000 destructions d’emploi de 2009, un peu comme le niveau atteint sur le droitomètre national depuis quelques semaines, sont un record depuis l’après-guerre. Ce sont des chiffres communiqués par Pôle Emploi, qui lui-même en a détruit pas mal des emplois. La fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC a en effet produit de brillants résultats dont peuvent témoigner tous les chômeurs.

Le gros du bataillon du cercle des emplois disparus est fourni par le secteur industriel. L’industrie, vous vous rappelez ? Non ? Pas trop ? C’est vrai qu’on n’en voit plus beaucoup. Dans certaines régions, même, il faut demander aux anciens de raconter. Dis, comment c’était l’industrie, grand-père ? Mais le grand-père ne répond pas souvent. Il essaie de comprendre ce qui se passe. Il a été mis à la préretraite par son patron avec les aides de l’Etat à 54 piges en moyenne et là, quand la télé a fini de lui monter comment son pays est devenu l’Irak, on lui explique très vite qu’il va falloir que la génération d’après bosse jusqu’à 62 ans (en fait, 67) alors qu’aucun de ses petits-fils n’a encore trouvé de boulot et que tous passent leur temps à faire des cartons sur les forces de l’ordre. Classes glandeuses, classes dangereuses ?

L’Industrie, c’étaient des usines. Les usines étaient des endroits où des ouvriers travaillaient. Ils construisaient des voitures, coulaient de l’acier ou fabriquaient des machines-outils. C’étaient aussi des chantiers où ils construisaient des logements sauf pour les gens du voyage qui passent leur temps à forcer des barrages de police entre deux vols de poules, deux jettatura et l’achat d’une Mercédès dernier modèle. Les ouvriers avaient souvent des revendications. En ce temps-là, savoir si leur voisin était algérien, français ou italien les préoccupait moyennement. Ce qu’ils cherchaient, c’était à obtenir la meilleure paie possible face à un patron qui cherchait à obtenir la meilleure productivité possible. Chacun était dans son rôle et les Renault étaient fabriquées en France. Ensuite, les Renault ont été fabriquées en Roumanie parce que l’ouvrier français était trop cher. L’ouvrier a alors quitté son bleu de travail et on lui a fait remarquer, pour qu’il pense à autre chose, on lui a fait remarquer que sous son bleu, untel était Noir, untel était Arabe et untel était Blanc. C’est comme ça, pour faire vite, que le Front National est à 15 % depuis bientôt trente ans.

Schumpeter for ever !

Le libéral, quand on lui dit 256 000 destructions d’emploi, est un peu comme la Pythie de Delphes : il prononce une phrase mystérieuse présumée pleine de sens et supposée annoncer l’avenir. Il vous dit : « Oui, mais c’est de la destruction créatrice comme l’a bien expliqué Schumpeter. » Schumpeter n’est pas un dieu de l’Olympe mais un économiste morave. Pour faire simple, et je cite un cas authentique, la destruction créatrice veut dire qu’une activité économique détruite est remplacée par une autre, donc qu’on ne perd pas d’emplois : l’ouvrier des hauts-fourneaux de la Comilog à Boulogne-sur-Mer jusqu’à leur fermeture en 2004, n’a qu’à travailler sur une plate-forme de vente par téléphone. Ça n’a pas tellement fonctionné parce que tout le monde a vu que l’ouvrier risquait de se mettre en colère ou d’être moyennement convaincant avec son accent boulonnais quand on lui demanderait de vendre un gel exfoliant aux pépins de raisins.
256 000 destructions destructrices, vous ne trouvez pas qu’ils sont là, les vrais problèmes, en ce moment ?

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  • 16 August 2010 à 23h32

    Ricochet44 dit

    bonjour ,

    quelle misère cet article démagogique , un mélange de tout et de rien
    l’ouvrier puis l’instituteur , les gens du voyage etc …
    un constat bien peu objectif de la situation actuelle
    sachez que si vos Renault sont fabriqués en Roumanie c’est que leur
    main d’œuvre est plus qualifié, à faire des bacs + xxxx dans des domaines
    qui ne colle pas à la réalité du monde du travail c’est logique .
    trouver un plombier , électricien, cuisinier , boucher la liste est sans fin
    le souci est que les formations à ces métiers ne sont proposés qu’aux
    jeunes sous formes de cap ou bep voir bac pro , je penses que bien des
    métiers qui recrutent devrait trouver la possibilité en accord avec les centres anpe ou autres de mettre en place pour tous les ages …
    une autre question peut-être poser comment se fait-il que l’ouvrier de Renault roumain avec 600 euros par mois arrive à se loger et se nourrir ?
    à méditer

  • 16 August 2010 à 20h41

    Marignac dit

    Jérôme, je ne comprends plus rien. Je croyais qu’en que debordien post-situ, tu étais contre le travail, l’esclavage salarié. Mais paf, voilà qu’en tant que communiste, tu es contre le chômage !

  • 15 August 2010 à 23h04

    Sophie dit

    ramonmercader dit :
    15 août 2010 à 16:29
    on comprend que l’ouvrier boulonais soit pas convaincant en proposant le gel de bain exfoliant à la gomme de pépins de raisin et au foutre de tigre

    Comme souvent, tout dépend des cas mon cher Ramon.

    Imaginons.

    Un grand ouvrier boulonais, blond, baraqué, bronzé, la clé de 12 dans la main droite, sonne à ma porte et me propose un gel de bain exfoliant à la gomme de pépins de raisin et au foutre de tigre, que fais-je? En gestionnaire avisée du budget familial, je demande une démo avant d’acheter!

    Si ça tombe, il sera très convainquant….

  • 15 August 2010 à 22h02

    Monsieur Rien dit

  • 15 August 2010 à 17h45

    Chris dit

    @Rien
    Contrôle des aides sociales et non pas suppression comme vous le dites car en France nous avons des aides sociales .
    La racine de ‘ libéralisme ‘ c’est ‘ Liberté ‘ : liberté de créer et de récolter les fruits de son travail .
    Quand à l’américanophilie , elle n’a plus tellemnt le vent en poupe de nos jours , c’était dans les années 60 !

  • 15 August 2010 à 17h31

    ramonmercader dit

    @ monsieur rien
    j’ai essayé de la voir cette vivividéo ( clin d’oeil à mad max3)
    pas moyen !
    alors de deux choses l’une ;
    soit c’est du pipeau
    soit c’est autre chose ; par exemple une séance de dédicasse de shakira ( parceque madona …..franchement…)

  • 15 August 2010 à 17h14

    Monsieur Rien dit

    @Sophie (14 h 30) :

    Sur Causeur une large majorité d’avis critique la politique française quant au niveau élevé de l’imposition, au grand nombre de fonctionnaires et à la massivité des aides sociales. Un libéralisme pur et dur y est prôné, quitte à faire de la casse, afin de repartir sur des bases saines. Selon ce dogme, l’absence d’aides sociales a pour effet mécanique de « remettre les gens au travail ».
    Ces avis se réfèrent de préférence aux politiques menées aux États-Unis et dans la Grande-Bretagne de Mme. Thatcher. qu’on peut considérer comme « mètres-étalons ».
    Dans l’exemple d’Atlanta que j’ai cité (http://www.liberation.fr/brut-…..-logements), on voit ce genre de casse que produit le libéralisme pur et dur. Pourtant sur Causeur, d’aucuns jugent qu’un libéralisme « mou » est déjà du communisme !
    À Atlanta la situation de ces 30 000 personnes, se bousculant pour des miettes, montre à quel point ces théories sont fausses. Le propre du libéralisme est de favoriser la fortune, et non pas de réduire la pauvreté. La pauvreté sert de mécanisme d’intimidation contribuant à réguler le système, elle lui est donc nécessaire. Quant au « cercle vertueux », c’est une notion à caractère superstitieux.
    Ce qu’on a vu à Atlanta n’étonnerait pas dans des pays émergents.

    P. S. : l’américanophilie de principe nuit au sens critique.

  • 15 August 2010 à 17h12

    Monsieur Rien dit

    Foutue modération !

  • 15 August 2010 à 17h11

    Monsieur Rien dit

    @Sophie (14 h 30) :

    Sur Causeur une large majorité d’avis critique la politique française quant au niveau élevé de l’imposition, au grand nombre de fonctionnaires et à la massivité des aides sociales. Un libéralisme pur et dur y est prôné, quitte à faire de la casse, afin de repartir sur des bases saines. Selon ce dogme, l’absence d’aides sociales a pour effet mécanique de « remettre les gens au travail ».
    Ces avis se réfèrent de préférence aux politiques menées aux États-Unis et dans la Grande-Bretagne de Mme. Thatcher. qu’on peut considérer comme « mètres-étalons ».
    Dans l’exemple d’Atlanta que j’ai cité (http://www.liberation.fr/brut-de-net/06012224-etats-unis-une-bousculade-pour-des-logements), on voit ce genre de casse que produit le libéralisme pur et dur. Pourtant sur Causeur, d’aucuns jugent qu’un libéralisme « mou » est déjà du communisme !
    À Atlanta la situation de ces 30 000 personnes, se bousculant pour des miettes, montre à quel point ces théories sont fausses. Le propre du libéralisme est de favoriser la fortune, et non pas de réduire la pauvreté. La pauvreté sert de mécanisme d’intimidation contribuant à réguler le système, elle lui est donc nécessaire. Quant au « cercle vertueux », c’est une notion à caractère superstitieux.
    Ce qu’on a vu à Atlanta n’étonnerait pas dans des pays émergents.

    P. S. : l’américanophilie de principe nuit au sens critique.

  • 15 August 2010 à 16h29

    ramonmercader dit

    on comprend que l’ouvrier boulonais soit pas convaincant en proposant le gel de bain exfoliant à la gomme de pépins de raisin et au foutre de tigre
    un seul exemple ; moi qui vous cause c’est à la ciprine de tigresse que je l’aime le gel exfoliant
    et ça mon garçû …..pas moyen d’en trouver !
    alors tu comprends bien que l’ouvrier de la comileg peut aller se rhabiller
    lui et sa plate forme téléphonique

  • 15 August 2010 à 14h30

    Sophie dit

    “le bon élève dont il faut copier la copie”

    Vous êtes sûr?

    Parce que ce que j’entends et lis, à gauche comme à droite, c’est plutôt le contraire. Obama fait bonne figure, certes, mais pas au point d’éradiquer l’anti-américanisme qui nous va si bien au teint.

  • 14 August 2010 à 15h37

    Monsieur Rien dit

    Chris dit (8 h 48) :

    « @Rien
    « nous ne sommes pas aux Etats Unis

    Mais les États-Unis sont le bon élève dont il faut copier la copie par dessus son épaule. C’est le modèle quasi incontesté.

  • 14 August 2010 à 8h48

    Chris dit

    @Rien
    nous ne sommes pas aux Etats Unis

  • 14 August 2010 à 2h53

    Monsieur Rien dit

    Bon, d’accord : c’est Libération. Mais on y voit – avec une vidéo – un évènement inconnu en France et dans l’Europe occidentale : aux USA, en banlieue d’Atlanta, une bousculade pour des logements et des bons d’aide sociale. 30 000 personnes, 60 blessés, dont 20 graves. La police anti-émeutes est intervenue.Il n’a été distribué que 200 logements sociaux et 455 chèques d’aide au logement.

    Les USA sont un des pays les plus libéraux du monde (le 8e, paraît-il), avec des impôts réduits et une législation sociale limitée. D’immenses fortunes et une grande misère touchant des dizaines de millions de gens. Le libéralisme peut parfaitement intégrer le sous-développement, d’ailleurs la misère est utile pour faire peur et calmer les revendications.

    http://www.liberation.fr/brut-de-net/06022224-reaction-sur-etats-unis-une-bousculade-pour-des-logements

  • 14 August 2010 à 1h01

    nadia comaneci dit

    Rocardo, l’extrême-droite n’a jamais été libérale… Sarkozy a fait semblant le temps que durent les roses et la gauche… Finalement, vous savez quoi ? Le plus libéral du lot, je crois que c’est DSK. Avec un ticket DCB. Maintenant, à vous de jouer. Eux aussi, vous voulez les f… ?? C’est gâcher. On n’ a pas tant de libéraux en France.

  • 13 August 2010 à 22h31

    rocardo dit

    Je pense qu’Antigone ne vit pas en France.Sinon,elle saurait que dans ce pays:
    *les dépenses de l’Etat atteignent 57% du PIB,record des pays de l’OCDE.
    *la part de la fonction publique est de 22% de la population active,là aussi record.
    Donc,NON,li n’y a jamais eu de libéralisme appliqué en France.
    Le choix politique n”a jamais été qu’entre socialistes de gauche et socialistes de droite.Bientôt,ô bonheur,des socielistes d’extrême-droite viendront se mêler au festin.
    Moralité:CPEF.
    Ah…j’entends dans mon oreillette qu’un petit vieux dit que je me répète beaucoup et que je suis de petite naissance.Faites-lui donc savoir que je le fisterais avec plaisir.

  • 13 August 2010 à 21h22

    Chris dit

    Quand je dis que cela conçerne tous les français de toutes souches évidemment , je veux dire qu’une personne française de souche étrangére peut être également pour la régulation de l’immigration .

  • 13 August 2010 à 20h42

    Chris dit

    Sarkozy a parlé de REGULATION de l’immigration et cela conçerne tous les français de toutes souches évidemment .
    Alors La gauche hurle au racisme .
    On renvoie dans leur pays des centaines de Roumains et Bulgares qui cherchent à s’installer en France avec femmes et enfants .
    Alors la Gauche hurle encore au racisme encore une fois .
    Ce n’est pas du racisme c’est de la régulation .

  • 13 August 2010 à 20h04

    D.H. dit

    Chris,
    Vous ne m’avez pas compris, je n’ai jamais suggéré que “le vol est l’apanage des riches”!

    Par contre, faire croire aux pauvres que la droite va résoudre leurs problèmes (peut-être avec davantage de libéralisme, et en sévissant contre les immigrés qui ne se lèvent pas tôt le matin?), il faut quand même être assez culotté.
    Mais on a les théories qu’on peut…