« L’indépendance de chacun, c’est l’impuissance de tous »
Entretien avec Marcel Gauchet (1/2)
Publié le 26 janvier 2012 à 14:25 dans Politique
Mots-clés : démocratie, Marcel Gauchet

Photo : Annie Assouline.
Propos recueillis par Daoud Boughezala, Elisabeth Lévy et Gil Mihaely
Élisabeth Lévy. Depuis trois décennies, au gré des traités européens, nos gouvernants cèdent des fractions de la souveraineté nationale, installant en France ce que vous avez qualifié de « sentiment de dépossession ». En prime, ils font la danse des sept voiles devant les agences de notation. En somme, après avoir renoncé au pouvoir d’agir sur les choses, nos gouvernants se battent le dos au mur pour en recouvrer une parcelle. Sommes-nous arrivés à l’épuisement du modèle démocratique ?
Marcel Gauchet. Tout dépend de ce que l’on entend par « démocratie ». Si elle se définit par les libertés individuelles, on peut soutenir très légitimement, au regard de l’expérience historique, qu’il n’y a jamais eu autant de démocratie. Quand on interroge des jeunes gens, c’est d’ailleurs la seule chose qui leur paraisse avoir un sens : on est en démocratie si on est libre de faire ce qu’on veut. Sommes-nous écoutés par la police politique au moment où nous tenons de si mauvais propos ? Risquons-nous d’être embastillés pour mal-pensance ? Évidemment non. Jamais la liberté de « faire ce qu’on veut » n’a été aussi grande pour les individus. Si on définit la démocratie par l’indépendance privée, alors nous sommes plus que jamais en démocratie.
ÉL. À l’évidence, vous ne vous contentez pas de cette définition…
Cette définition est tellement partielle qu’elle en est fausse. La prédominance des libertés individuelles, qui est l’une des dimensions de la démocratie, a fini par occulter la deuxième dimension au point de l’avoir rendue presque incompréhensible pour une grande partie de la population. Étymologiquement − inutile de faire le pédant −, la démocratie, c’est le « pouvoir du peuple » en termes modernes, la souveraineté du peuple, la souveraineté de la nation.
[...]


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Causeur n° 43Janvier 2012

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saintex dit
Peu importe s’il faut avoir un nom et être à la une pour être entendu, Cassandre ne se réjouit que de voir que le chemin s’ouvre.
Et en même temps se marre d’entendre parler de libertés individuelles au plafond lors de la mise en place de l’état policier surveillant les seules nouvelles lois, celles des interdits.
Quant à Sisyphe, ça roule pour lui.
Comme chantait Bobby, comprend qui peut ou comprend qui veut.
agatha dit
Personne ne s’est encore risqué à commenter un texte aussi riche et aussi profond. C’est la même chose pour moi.
Mais je relèverais cependant cette phrase que je comprends parfaitement, à laquelle j’adhère entièrement :
“Il peut y avoir, entre majorité et opposition par exemple, discussion sur les moyens, pas sur les objectifs ultimes : raison pour laquelle nous avons le sentiment, largement fondé, qu’il n’y a pas de vrai choix.”
Le débat Juppé/Hollande d’hier soir à la télé était typiquement un débat sur les moyens d’assurer la prospérité dans le cadre prédéfini de l’UE et du commerce mondialisé.
Il reste des différences, l’un s’occupe plus de la prospérité globale du pays, l’autre fait mine de s’occuper du niveau de vie des plus pauvres en priorité, tout en le déconnectant dangereusement de l’intérêt général.
Notons au passage que ce n’est pas le genre de raisonnement qui guide les gens au moment du vote, ils s’en tiennent, me semble-t’il, à l’habillage extérieur, aux apparences. Ce n’est pas pour rien que des armadas de professionnels s’occupent de la “communication” des candidats, convaincus qu’ils sont (ils ont raison) du potentiel de la publicité basique dans l’élaboration des votes. Ou alors, ce serait à désespérer de la publicité, du matraquage publicitaire et de tout lavage de cerveau.
Mais je m’éloigne des propos de Gauchet. Il faut que je relise le texte.