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Le bon programme est celui que les élèves peuvent assimiler

Entretien avec François Dubet

Publié le 09 mars 2012 à 14:22 dans Société

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François Dubet est directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et enseigne la sociologie à Bordeaux II. Son œuvre questionne l’évolution des institutions issues de la modernité et leurs rapports avec le développement de l’individu, à l’école ou au travail. Il est proche de Pierre Rosanvallon, qu’il côtoie au sein de La République des idées.

Daoud Boughezala. Dans Les Places et les chances, vous battez en brèche le mythe de l’égalité des chances. L’idée d’un égal accès au savoir n’est-elle pas une fiction utile à l’instruction du plus grand nombre ?

François Dubet. Je ne me reconnais pas dans la lecture que vous faites de mon petit livre. J’y affirme que l’égalité des chances est un principe cardinal des sociétés démocratiques qui doit combiner l’égalité de principe de tous et l’inégalité « empirique » des positions sociales. C’est pour cette raison que l’égalité des chances est nécessairement associée à des procédures méritocratiques. Il n’y a rien à redire à ceci, sauf à s’interroger sur l’équité des procédures méritocratiques. On peut en effet se demander si ce système de sélection n’est pas vaguement « darwinien » par les inégalités qu’il engendre. Dans ce cas, l’égalité des chances ne deviendrait qu’une manière de légitimer a posteriori les inégalités sociales préexistantes.

Faut-il alors renoncer au rêve universaliste de Jules Ferry ?

Jules Ferry est devenu une icône à laquelle on attribue tout et son contraire. Jules Ferry et quelques autres ont créé une École républicaine élémentaire et populaire chargée de construire le sujet de la nation et de la République. La force de cette École est d’avoir construit une culture commune. La langue, l’histoire, la géographie et quelques rudiments de sciences et de littérature formaient le cœur de cette culture de base. Les élites étaient formées ailleurs, dans les petits lycées et au lycée, sur le modèle des humanités et de la culture générale − non sans un vague mépris pour le « primaire ». À l’époque, on observait d’ailleurs des résistances continues à l’« envahissement » du royaume de la culture générale par les cultures plus triviales issues de la technique, des métiers et de la tradition intégratrice et plus égalitaire de l’École élémentaire. Veillons donc à ne pas nous appuyer sur les récits souvent complaisants pour reconstruire l’Histoire à partir d’une image d’Épinal.

Mais exclure la culture générale des procédures méritocratiques que vous évoquiez revient, dans les faits à en priver les moins favorisés. N’est-ce pas le comble de l’élitisme ?

Quand le savoir est identifié à la culture générale, un problème supplémentaire se pose car l’accès à cette culture est si inégalement réparti que sa mobilisation comme critère de sélection génère une extrême reproduction des élites.

[...]

  1. Climats, 1999
  2. Pour une analyse libérale (très) critique des positions bourdieusiennes, se reporter au récent ouvrage de Jean Baudouin, Pierre Bourdieu – Quand l’intelligence entrait enfin en politique ! (1982-2002), Cerf, 2012.
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  • 11 Mars 2012 à 10h21

    isa dit

    Mais je ne comprends rien aux bêtises du c’était mieux avant.
    quand j’étais au lycée, on éliminait les faibles en les collant dans des “classes de transition’ où on ne leur apprenait strictement rien et “où on s’adaptait à leur niveau”.
    Bien sûr que toute pédagogie nécessite une adaptation à priori au niveau des élèves, pour les intéresser au discours, et petit à petit, certains peuvent être intéressés et on peut élever le niveau grâce aux têtes de classes qui vont entraîner l’ensemble.
    mais qui sont ces gens qui n’ont jamais enseigné ou qui veulent juste montrer comment qu’ils sont troz intelligents pour faire perdre pied à une généartion certes différente de celle d’avant, mais qui nous apporte d’autres enseignements.

    Bref, la bornitude fait partie de Causeur et le tournage en rond aussi.

    • 11 Mars 2012 à 14h27

      SPQR dit

      On ne leur apprenait strictement rien Isa? pas même le minimum pour aborder un “petit” métier non-qualifié?

      Je ne comprends le “qui nous apporte d’autres enseignements”…

      Comment voudriez-vous que ça ne tourne pas en rond puisque le constat reste le même? Es qualité d’enseignante (dans le professionnel de surcroit, je crois?), j’aimerais bien que vous nous aidiez à sortir du labyrinthe.

      • 11 Mars 2012 à 14h48

        isa dit

        comme vous avez pu le constater, je suis absolument nulle en informatique, et je ne sais pas si c’est par goût pédagogique ou par blocage définitif, mais je ne fais aucun progrès;

        J’implique donc totalement mes élèves en leur avouant directement ma faiblesse, ils en rient, puis se rengorgent et sont (pas tous, bien sûr), ravis de montrer que eux, ils savent faire;
        Et hop en passant éventuellement (bien que je sois poisso;..), un petit coup d’explication grammaticale, une leçon d’orthographe. Un prêté pour un rendu, quoi…

        D’autre part, faudrait quand même arrêtr de croire que l’on ne forme pas des jeunes qui s’avèrent être de très bons travailleurs.
        Comme avant, comme toujours, il y en a des bons et des mauvais.
        Mais il faut dire que dans l’enseignement pro, nous bénéficions d’énormes crédits et du fait que nous plaçons nos élèves dès leur jeune âge en entreprises par le moyen de l’alternance.

  • 10 Mars 2012 à 17h49

    from dit

    Sincèrement, je trouve ça d’un fumeux… Et que dire de :  ”Le bon programme scolaire est celui que la plupart des élèves, au-delà d’une élite réduite, peuvent assimiler.” N’est-ce justement pas là la source de tous nos maux ? Ceux qui ont fait leurs études dans les années 50, 60, issus de toutes les classes sociales, et qui se sont “élevés”, rigolent amèrement… 

  • 9 Mars 2012 à 16h21

    L'Ours dit

    “…le « brillant » d’une culture générale apprise dans sa famille et ses fréquentations ne laissait guère de chances aux boursiers. La culture générale possède toutes les vertus et elle est discriminante. Ce n’est pas être hostile au latin et à La Princesse de Clèves que de rappeler qu’ils sont mobilisés dans des épreuves sélectives inéquitables.”
    Pétard ils sortent d’où?
    Moi, “la princesse de Clèves” je l’ai lu à 16 ans à la ZUP des minguettes! 

    • 9 Mars 2012 à 19h05

      Marie dit

      +10 l’Ours!

    • 11 Mars 2012 à 11h03

      isa dit

      Et “Manon Lescaut” de l’Abbé Prévost à quinze ans, c’est bien une oeuvre qui m’avait parfaitement ennuyé à cet âge!

      Je n’ai pas re-tenté, en revanche, avec toutes ces histoires, j’ai relu et porté le badge de “la princesse de Clèves”, c’est magnifique et effectivement très abordable dans la mesure où; malgré le style que les jeunes doivent considérer comme vieillot, cela fait appel aux archétypes de toute civilisation.

  • 9 Mars 2012 à 15h29

    isa dit

    Juste que la culture générale est ;..Générale, on la retruve donc dans toutes les matièresenseignées.

    Ca , c’est fait.