« Socialisme ou barbarie, il faut choisir. Maintenant ! » | Causeur

« Socialisme ou barbarie, il faut choisir. Maintenant ! »

Entretien avec Jean-Claude Michéa (1/2)

Auteur

La rédaction

Publié le 15 octobre 2011 / Culture Politique

Mots-clés : , , ,

Jean-Claude Michéa


Nous publions cet entretien en deux parties en le faisant précéder d’une introduction de Jacques de Guillebon.
La rédaction

Un professeur de liberté

Jean-Claude Michéa est l’instituteur d’une époque sans institution, le professeur d’un temps de faillite, le maître d’une génération qui avait même oublié qu’elle ne savait rien. Au début ou au milieu du chemin de notre vie, il est apparu solitaire dans cette forêt obscure où la voie droite avait été perdue, comme un autre Virgile, comme le cicerone inespéré qui permettrait peut-être, sinon d’en sortir, au moins de découvrir le sens de ce labyrinthe.
Homme secret et fuyant les grands médias, notre Montpelliérain enraciné montre, livre après livre, que la solution est sous nos yeux, en actualisant simplement Orwell. Apparu dans la vie publique intellectuelle il y a quinze ans, avec son classique Orwell, anarchiste tory, Michéa dévide le même fil d’Ariane, livre après livre, jusqu’à ce Complexe d’Orphée. Le Minotaure tapi au fond du dédale, qu’il identifie sous le nom de libéralisme, il l’y combat sur tous les fronts : économique, philosophique et politique. C’est ici qu’il s’est révélé comme notre contemporain Socrate : en nous réapprenant que la machine à détruire toute forme de vie possède une cohérence interne qu’il s’agit de mettre au jour, précisément pour prétendre lui résister. De la leçon d’Orwell, quand les contemporains s’accommodent de la seule condamnation du totalitarisme, il aura déduit que le péché originel du XXe siècle réside dans l’alliance historique du socialisme et de la gauche, opérée notamment au moment de l’affaire Dreyfus. De ce contrat léonin, le socialisme sera ressorti défiguré, dépouillé de sa puissance critique du Progrès pour devenir l’idiot utile de la « gauche libérale ».
Opposé autant au procès du matérialisme historique marxiste qu’à la gorgone libérale, c’est finalement − à travers les terminologies transitoires de la common decency ou de ce populisme cher à Christopher Lasch, qu’il introduisit en France − à la pensée du socialisme originel, dont les frontières avec l’anarchie demeurent floues, que Michéa remonte. Quoiqu’il l’épure de son caractère chrétien, il garde de ce socialisme la critique concomitante du marché et de l’État et c’est à la morale commune et immédiate des petites gens et du ballon rond que va son allégeance. Préférant à la charité chrétienne la théorie du don et du contre-don dégagée par Marcel Mauss, c’est naturellement la sobriété de la décroissance qu’il oppose aujourd’hui à la démesure libérale.
Fils naturel de de Maistre et de Leroux, ce grand professeur de liberté jette les piles du pont qui, peut-être, réunira les fils perdus et séparés de la critique des conditions modernes d’existence.

Jacques de Guillebon

Vous récusez l’universalisme abstrait de la gauche libérale : votre socialisme, ou votre anarcho-syndicalisme, fait-il abstraction des patries, ou les considère-t-il comme un des moyens de l’exercice de la common decency ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord prendre le temps de revenir sur quelques points de théorie. Mon invitation à dédiaboliser les concepts de « tradition », de « coutume » ou d’« enracinement » n’a jamais impliqué l’abandon du vieil idéal universaliste. Si la notion de progrès moral conserve un sens, aussi bien au niveau individuel que collectif, c’est assurément pour désigner l’ensemble des efforts toujours recommencés que l’être humain est capable d’accomplir pour s’affranchir des limites propres à son univers de départ et cesser de considérer « ce qui n’est pas de son usage » (Montaigne) comme le signe le plus irrécusable de la barbarie (et on trouve la trace de ces efforts dès la plus haute Antiquité).

[...]

La suite demain…

Pour acheter ce numéro cliquez ici
Pour s’abonner à Causeur cliquez ici

  • causeur 40

    Article réservé aux abonnés

    publié dans le Magazine Causeur n° 40 - Octobre 2011

  • X

    Article réservé aux abonnés

    Déjà abonné, connectez-vous


    mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
     

    PAS ENCORE ABONNÉ ?

    causeur 40
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 16 Octobre 2011 à 22h30

      Thalcave dit

      C’est la boucherie de la guerre de 1914 due aux nouveaux instruments industriels dont les généraux ne prirent pas la mesure en envoyant des bataillons d’homme se faire hacher par des mitrailleuses tirant 600 coups à la minute, qui a fait haïr la technique à Heidegger.
      C’est les généraux qu’il aurait du haïr, pas les mitrailleuses. Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.
      Heidegger est aussi un homme haïssable à bien des égards. Mais les intellectuels français se sont entichés de lui. Sartre et les existentialistes de l’après guerre notamment.
      Le danger mortel des philosophes, c’est qu’ils n’ont rien pour valider leurs spéculations intellectuelles. A la différence des scientifiques. Ce qui n’empêche pas aussi certains de ces derniers de s’embarquer volontiers eux aussi avec volupté hors de leurs champs de compétence dans la spéculation qui est vouée aux gémonies quand elle est financière mais adulée quand elle est intellectuelle.

    • 16 Octobre 2011 à 7h01

      isa dit

      Je n’ai pas encore acheté son livre, à monsieur Michéa à la mode!

      quel discours ennuyeux et triste.
      Puis quelqu’un qui parle des “fourches caudines”, je ne sais pourquoi, je sais que je n’accrocherai pas.

    • 15 Octobre 2011 à 19h03

      skardanelli dit

      Paul Jorion, termine cet article sur la décroissance par ces mots : “La planète est trop petite et nous l’avons enfumée. Nettoyons la, je ne suis pas contre. Mais surtout, nom de Dieu, conquérons les étoiles !” Il exprime assez bien ce que je reproche à cette idée de décroissance, l’oubli de qui nous sommes, espérer que l’espèce humaine cesse sa quête de connaissance, réfrène sa curiosité, son appétit de conquête est une dangereuse utopie. Railler le progrès, les sciences, la technologie, c’est railler l’homme. Heidegger est peut-être un des plus brillant esprit du XXe, n’oublions pas qu’avant sa période bucolique et son amitié avec René Char, il eut une période assez mécanique, osons le dire, comment sinon avoir été membre du NSDAP jusqu’à la fin et avoir prononcé le discours du rectorat en 1933 ? On ne peut réduire un courant de pensée à l’une de ses composantes, mais enfin cette composante existe bel et bien. Ce dégoût de la science chez Heidegger est peut-être une forme de repentir, je le trouve suspect pour ma part, je ne peux m’empêcher d’y voir du dépit : “si nous n’avons pas réussi alors qui d’autre le pourrait ?” Il y a une certaine logique à rejeter en bloc science et libéralisme, c’est une forme de continuité du romantisme allemand et de sa critique des lumières que je peux comprendre, je n’y adhère pas car une fois encore c’est croire ou laisser croire que cette décroissance pourrait se décréter sans dommage pour nos libertés. Je ne reprendrai pas l’argumentation de l’autre jour, je rappellerai cependant que sur le fond l’objection du libéralisme est que l’économie ou le développement scientifique sont des processus autonomes : nous pouvons peut-être influer sur leur cours, certainement pas les contrôler. Si la décroissance est la solution la réalité nous l’imposera.  

      • 15 Octobre 2011 à 19h21

        eclair dit

        Décroissance ne signifie pas absence de progrès ni arrêt de recherche technologique.
        Décroissance signifie en finir avec le cosumérime et les produits jetables et changer nos modes de vie.

        Pour les étoiles comme déjà dit il faut à l’heure actuelle de 6 mois à 1 an pour aller sur mars.

        La conquete des étoiles commencera à partir du moment où il y aura une base de construction spatiale.
        Construire un vaisseau spatiale sur terre n’est pas possible en l’état cela demanderait trop d’énergie pour le faire décoller en l’état de la science.

        Gaspiller toute ses ressources avant de pouvoir aller voir ailleurs dans le système solaire c’est une folie.