Photo : Hannah Assouline.

Propos recueillis par Daoud Boughezala, Basile de Koch, Élisabeth Lévy, Gil Mihaely et Marc Cohen

Élisabeth Lévy. Trois d’entre nous ont fait campagne avec vous en 2002, et nous revoilà dix ans après ! Votre candidature à la présidentielle de 2012 nous offre l’occasion de juger ce qu’il reste de nos accords et de nos désaccords.
Commençons par une mauvaise blague : j’ai récemment vu la marionnette de Jospin aux Guignols se plaindre de votre nouvelle candidature… Vous voulez encore faire perdre la gauche, mon cher Jean-Pierre ?

Cette question est réglée depuis longtemps. Il me suffit de rappeler mes thèmes de campagne de 2002 : je pense avoir été l’un des rares hommes politiques à dénoncer l’hubris du capitalisme financier, la logique à court terme des marchés et le risque inquiétant de leur omnipotence. Souvenez-vous du discours de Vincennes (9 septembre 2001) où j’ai présenté mes orientations fondamentales, rappelant notamment que l’horizon de l’Histoire, ce n’étaient pas les marchés financiers mais les nations et les peuples. Je prônais déjà l’élargissement des missions de la Banque centrale, le redressement de l’Europe à partir des nations, la restauration d’une politique industrielle impulsée par un État stratège, sans compter quelques repères fermes dans des domaines comme l’École, l’immigration et la sécurité. La crise ouverte en 2008, et plus encore la crise de l’euro auraient dû, en bonne logique, amener les socialistes qui m’ont transformé en bouc émissaire du 21-Avril à réviser leur jugement.

ÉL. Mais c’est votre positionnement « Ni droite ni gauche » qui vous a permis de créer le « rassemblement républicain » autour de ces thèmes !
Je n’ai jamais employé cette expression « ni droite ni gauche ». J’ai dit − ce qui est tout à fait différent : « Au-dessus de la droite, au-dessus de la gauche, telles qu’elles sont devenues, il y a la République ! » J’ai levé le voile sur la collusion entre la droite et le PS. L’Acte unique, ratifié en 1986 par un gouvernement de droite avec l’appui du PS, puis le traité de Maastricht, voté en 1992 à l’initiative du PS avec le soutien de Chirac, Balladur, Giscard et Sarkozy, ont bien révélé l’allégeance commune des deux partis majoritaires au néo-libéralisme alors triomphant. Allégeance plus ou moins grimée aux couleurs de l’Europe. Ainsi, dans la même période, la gauche se détournait du peuple et la droite abandonnait la nation.

 

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